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Trois questions à Louis Clichy, cinéaste derière Le Corset

il y a 5 heures
3 min de lecture

Avec Le Corset, le réalisateur Louis Clichy signe un premier long-métrage en solo personnel et visuellement splendide, inspiré de son enfance dans la France rurale des années 1980. Au dernier Festival de Cannes, où le film était présenté à Un Certain Regard, nous avons pu le rencontrer pour échanger sur son processus créatif.



Le film est très ancré dans le monde agricole, on sent que vous le connaissez bien. Mais il y a aussi une vraie dimension poétique, presque fantastique, directement induite par le handicap du personnage de Christophe. C'était important pour vous de faire de sa différence une force ?


Pour moi c'est une question de point de vue. J'aime l'idée que ce garçon soit tordu dans un monde droit. Mais au bout d'un moment, c'est lui qui devient droit quand le monde, lui, est tordu. J'aime cette idée. D'une certaine façon, ça dépend d'où vous placez votre caméra. Et, bien sûr, j'aime qu'on ne sache pas vraiment déterminer si ces scènes oniriques sont réelles ou non. Pendant la phase d'écritures, certaines personnes n'étaient pas complètement sûres de cette idée et pensaient qu'on pouvait raconter la même histoire sans ce « pouvoir ». Pour moi, c'était hors de question de faire le film sans. C'est un film très naturaliste mais en même temps, il y a cette étrangeté. Ça me plaît beaucoup, ce décalage. Ça n'est pas dans notre culture en Europe, mais en Asie, dans les films de Miyazaki par exemple, tout se mélange.


Le corset
Le Corset © Cinéart

Vous avez déjà une longue carrière dans l'animation, mais c'est votre premier film animé en 2D, de manière traditionnelle, à l'encre de Chine et à l'aquarelle. Pourquoi ce choix ?


La première raison est qu'animer en 2D est très facile. La 3D, c'est un procédé très compliqué pour lequel je n'ai pas toutes les connaissances. Je peux animer, mais tout l'aspect technique, les rigs, les marionnettes, l'éclairage... Je connais, mais je ne peux pas faire tout seul. La 2D, en revanche, je peux m'en sortir seul, ou presque. Je suis plus sûr de moi. Ça me parait aussi plus spontané, plus joyeux. Et une raison non négligeable : la 2D est une technique moins coûteuse. Je voulais faire un film à petit budget pour garder plus de contrôle créatif, et ne pas avoir à répondre à une armée de producteurs. J'ai été 100% libre de faire ce film comme je le souhaitais. C'est un gros avantage (rires).


Le Corset
Le Corset ©Cinéart

Pouvez-vous revenir sur le rôle de la musique dans le film et plus spécifiquement de la musique sacrée ?


À la base, il n'était pas question de musique sacrée. Au début, Christophe devait jouer du piano. Mais l'instrument ne me semblait pas intéressant. J'adore le piano, mais ça me semblait trop évident pour la B.O., c'est un instrument trop citadin, trop bourgeois. Puis j'ai pensé à l'orgue, que je ne connaissais pas du tout. Mais si on y pense, c'est un instrument qui est présent dans tous les villages de France. Il est plus universel d'une certaine manière. J'ai donc pensé la bande originale en fonction de l'orgue, et c'est un instrument compliqué pour susciter l'émotion. C'est pour ça que je lui ai adjoint un chœur. Et donc le film s'est déplacé vers quelque chose qui n'est pas, je dirai, religieux, mais liturgique. Et dans la musique, l'orgue est présent mais couvert par les voix du chœur. J'avais besoin de ces deux éléments pour créer l'émotion.



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