Ballon rond et grand écran : Le football au cinéma en trois films
- Léopold Vézard
- il y a 5 heures
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Pendant un mois, les stades nord-américains vont accueillir une Coupe du monde aux allures de parade commerciale. Cette grande messe du football mondial nous offre un excellent prétexte pour parler ballon rond et cinéma. Sous le feu des projecteurs : trois films qui nous donnent à regarder autrement le sport le plus populaire de la planète.

Le Ballon d’or (1993)
Malgré sa dimension collective, le football est souvent traité au prisme des individualités, surtout lorsque celles-ci sont si brillantes qu’elles portent leur équipe jusqu’à la victoire. Le cinéma ne fait pas exception et regorge de ces légendes contemporaines couronnés par le Graal individuel qu’est le Ballon d’Or, de l’expérimental Zidane, un portrait du XXIe siècle (2006) à l’autobiographique La Main de Dieu (2021) en passant par le satirique Diamantino (2018). Mais Le Ballon d’or du cinéaste guinéen Cheik Doukouré leur préfère une autre individualité, plus frêle mais avec une adresse la balle au pied déjà extraordinaire.
Bandian est un jeune garçon riche en talent footballistique, mais pauvre en chance si bien qu’il doit fuir son village pour échapper à une punition parentale. Son ballon de cuir au pied, il s’élance dans une aventure initiatique faite de drôles de rencontres qui le mèneront jusqu’aux terrains de Conakry, la capitale, pour le meilleur et pour le pire. Mais derrière l’innocence apparente de ce conte pour enfants inspiré du parcours de Salif Keita, le réalisateur s’attaque aussi aux appétits adultes, invitant le spectateur à se demander où se trouve la frontière entre émancipation et exploitation (coloniale) dans le football moderne.
Avec Aboubacar Sidiki Soumah, Habib Hamoud, Salif Keita, Agnès Soral. Guinée/France, 90 minutes.

Shaolin Soccer (2001)
Ceux qui demeurent insensibles aux charmes du football décrivent souvent ce dernier comme un sport ennuyant, sans rythme ni intérêt. Heureusement, pour ceux qui ne comprennent pas la fièvre footballistique qui est en train de s'abattre autour d’eux, il existe un remède bien connu : Shaolin Soccer.
Réalisé par le “roi de la comédie” Stephen Chow qui y incarne aussi le rôle principal, le film hongkongais est passé au stade de comédie culte en combinant football et kung-fu pour un résultat jouissif. Entre boules de feu, combats chorégraphiés et personnages hauts en couleur, il s’impose autant comme un hommage qu’une parodie des films de kung-fu. En appliquant tous les codes du genre à un film de sport à la structure assez classique, de “zéro à héros”, il en fait une comédie burlesque réussie, qui réconciliera au moins un peu le football avec ses moins grands fans.
Avec Stephen Chow, Zhao Wei, Ng Man-tat. Hong Kong/Chine, 113 minutes.

Hors jeu (2006)
Le football est loin d’être réservé à la gent masculine, même si celle-ci a longtemps cherché à tenir ses homologues féminines à distance des pelouses. Si le football féminin a gagné en popularité et en légitimité, soutenu par le succès de certains films comme Joue-la comme Beckham (2002), il reste encore de nombreux progrès à faire pour éradiquer une misogynie latente qui trouve dans le football un espace propice pour s’exprimer, comme l’illustre Hors jeu de Jafar Panahi.
Tout son récit se déroule autour d’un match qui n’apparaît pas, demeurant hors champs pour les spectateur·ices, tout comme il l’est pour les Iraniennes qui ont interdiction de se rendre dans les stades. En suivant une bande de jeunes femmes redoublant d’ingéniosité pour passer entre les mailles du filet mis en place par le régime, le film s'attache avec beaucoup d’humour à démontrer l’absurdité de cette situation, tout en décortiquant un argumentaire sexiste rétrograde, pas si lointain.
Avec Sima Mobarak-Shahi, Safar Samandar, Shayesteh Irani, Ayda Sadeqi, Golnaz Farmani. Iran, 88 minutes.



