Black phone 2 : est-il le renouveau du slasher ?
- Julien Del Percio

- 14 oct.
- 3 min de lecture
Où en est le slasher ? Alors que le cinéma d’horreur vit actuellement un véritable d’âge d’or, tant critique que commercial, la figure du psychopathe à l’arme blanche paraît au contraire démodée, le genre étant souvent cantonné à des résurrections pâlottes de vieilles franchises - Halloween, Scream, Massacre à la tronçonneuse - comme si Hollywood ne parvenait pas à bâtir de nouveaux croque-mitaines en résonance avec notre époque. Heureusement, au milieu de ce marasme, quelques franchises ont néanmoins réussi à imposer leur antagoniste telles que Terrifier, Thanksgiving et évidemment Black Phone.

Assez fragile sur le plan narratif, le film réalisé en 2022 par Scott Derrickson avait au moins un atout dans sa manche : l’Attrapeur (le Grabber dans la langue de Shakespeare), un kidnappeur pédophile qui dissimule son visage derrière un impressionnant masque amovible. Joué par un Ethan Hawke lugubre à la musculature intimidante, le personnage était au cœur des scènes les plus tendues et réussies du film.
Entièrement scénarisée par Derrickson - là où le premier était tiré d’une nouvelle de Joe Hill - cette suite délocalise l’intrigue dans un camp scout situé aux environs d’un lac gelé. Là-bas, Finn et Gwen, toujours traumatisé·es par leur rencontre avec l’Attrapeur, vont être la cible de visions de plus en plus troublantes, qui semblent annoncer le retour de leur pire cauchemar. Un pitch qui n’est pas sans rappeler les suites pulp de Vendredi 13 et autres Griffes de la nuit, où la mort elle-même ne parvient pas à endiguer la folie meurtrière du psychopathe.

Délaissé du huis clos qui contraignait le premier opus, Black Phone 2 avance avec la ferme intention d’enrichir son univers. Le décorum enneigé permet à Derrickson de travailler des obsessions opposées à celle du précédent film. Ici, la menace n’est plus liée à la claustrophobie d’une cave et à la nécessité d’en échapper, mais au contraire, à l’irruption imprévisible d’une silhouette au sein de vastes étendues immaculées. D’un point de vue formel, le film s’amuse avec différents régimes d’image : les séquences de cauchemar sont tournées avec une pellicule granuleuse, proche de l'esthétique VHS, qui apporte une indéniable touche de sordide dans la mesure où elle résonne avec le mythe du snuff-movie. Un entrelacement des formats et des influences qui faisait déjà le sel de Sinister, le meilleur film d’horreur réalisé par Scott Derrickson - aussi avec Ethan Hawke, d’ailleurs.

Hélas, malgré ses bonnes intentions, Black Phone 2 échoue à combler les manquements de son scénario. Le récit, dilué sur deux longues heures, navigue maladroitement entre énigmes liées aux visions et quête de résilience des deux adolescents, sans parvenir à articuler les deux pans de manière satisfaisante, d’une part car les révélations de l’intrigue ne surprennent pas et d’autre part car les personnages manquent de finesse. Plus problématique pour un tel film : l’Attrapeur s’avère beaucoup moins effrayant que dans le premier opus. Trop bavard, trop prétentieux, le tueur ici vidé de sa substance par une intrigue qui fait l’erreur de lever le voile sur ses origines, jusqu’à un climax grotesque où il sera tout simplement ridiculisé par une bande de gosses. Son aura de prédateur, assez explicite dans le premier opus, est ici complètement évacué, le renvoyant à un énième tueur à la cruauté convenu. De quoi regretter la réussite modeste mais indéniable que constituait le premier film, dans un genre hélas de plus en plus en quête de nouvelles lames.
Avec Mason Thames, Ethan Hawk, Madelein McGraw. États-Unis. 114 minutes.



