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Bound : Une œuvre queer qui renverse les codes du film noir

Gina Gershon et Jennifer Tilly dans Bound.
Bound © Summit Entertainement

Les films noirs, même les plus réussis, présentent souvent des univers très masculins, pour ne pas dire machos. Femmes prétextes ou femmes trophées, les personnes féminins y possèdent rarement une véritable agentivité, une capacité à agir et à influencer le récit et leur propre destin. Tout le contraire de Bound des sœurs Wachowski, œuvre queer qui renverse les codes et la perspective d’un genre pour le revitaliser.


Dans Bound, on s’intéresse à Violet (Jennifer Tilly), enfermée dans son mariage avec un truand sans envergure (Joe Pantoliano). Elle rencontre Corky (Gina Gershon), reprise de justice, mécanicienne et lesbienne dont le regard la saisit immédiatement. Pas de triangle amoureux ici, avec deux mâles, se battant, pistolets à la ceinture, mais un duo, une paire, un couple pulsant d’amour et de désir, qui va décider de s’enfuir et de se venger des hommes. Les cinéastes prennent un malin plaisir à montrer des truands si sûrs d’eux-mêmes, de leur position dominante, qu’ils sont d’abord complètement aveugles à l’idylle de Violet et Corky. Deux femmes ensembles ? Dans ce milieu ? Faites-moi rire ! Or, elles sont très sérieuses et, comme tout film noir qui se respecte, tout ça va finir dans le sang.


Jennifer Tilly et Joe Pantoliano dans Bound.
Bound © Summit Entertainement

Le premier long-métrage des sœurs Wachowski est une petite pépite de cinéma de genre. Il en a plusieurs des caractéristiques habituelles : la générosité, la fraîcheur et une ingéniosité boostée par l’économie de moyen.


Pour 6 millions de dollars, le résultat impressionne et cela tient sans doute à la cohérence entre le scénario et la réalisation. Les cinéastes, également scénaristes, ont pensé chaque scène d’un point de vue visuel, elles ont précomposés leurs plans, pensant dès l’écriture à leurs cadres et leurs mouvements de caméra. Cela peut s’avérer catastrophique si le talent n’y est pas – et on sait depuis qu’elles n’en manquent pas.


Gina Gershon et Jennifer Tilly dans Bound.
Bound © Summit Entertainement

Il y a surtout dans Bound une ironie dansante, une manière de se moquer des codes classiques d’un genre éculé et de les dépasser grâce au scénario et parfois à un certain symbolisme. Les pots de peintures blanches troués et dégoulinants de l’appartement que retape Corky renvoient, assez frontalement, au liquide séminal masculin. Mais cet humour un peu moqueur est surtout le prétexte pour une histoire rebondissante et passionnante. Dès qu’on s’est pris d’empathie pour ses héroïnes, on veut les voir réussir à casser les barreaux de la cage dans laquelle Violet est enfermée. On les suit, on les encourage et le spectacle devient une réalisation collective.


Sans avoir marqué l’histoire du cinéma comme Matrix (1999) ou se révéler un chef d’œuvre hors norme comme Cloud Atlas (2012), Bound reste une réalisation marquante, qu’on prend plaisir à voir et à revoir. Un peu comme si Thelma et Louise (1991) avait assumé jusqu’au bout son sous-texte lesbien et avait, surtout, donné une véritable chance à ses personnages de voler de leurs propres ailes.


Bound est disponible en VOD.


Avec Gina Gershon, Jennifer Tilly, Joe Pantoliano. États-Unis, 108 minutes.

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