La Comtesse aux pieds nus : Ava Gardner au sommet d'une tragédie purement hollywoodienne
- Katia Peignois
- il y a 7 heures
- 2 min de lecture
La Cinematek dédie le troisième volet de Their Works of Art à Ava Gardner, immense actrice qui, au-delà de son statut d'icône hollywoodienne, a marqué un demi-siècle de cinéma. Au programme, conférence et projections avec en tête d'affiche La Comtesse aux pieds nus.

Aux mirages du conte, celui d’une Cendrillon madrilène, Joseph L. Mankiewicz répond par le souvenir mélancolique d’un (mélo)drame annoncé. Audacieux, La Comtesse aux pieds nus témoigne d’un sens inouï du romanesque avec une narration complexe (temporalité et point de vue éclatés, montage débordant de fondus enchaînés) et une flamboyance visuelle étourdissante (Technicolor chatoyant, somptueux décors et costumes signifiants).
Sa structure circulaire, articulée autour de Harry Dawes (Humphrey Bogart, tendre en confident vaincu d’avance) aux obsèques de Maria (Ava Gardner en majesté), fragmente l’identité de cette dernière. De concert avec la critique au vitriol de l’industrie du spectacle, de la jet-set et d’une aristocratie en voie d’extinction, Mankiewicz tiraille son héroïne entre des mondes qui l’enferment (elle y est tour à tour mise en scène, exhibée, comparée à un animal, gravée dans le marbre). Cette sensation est accentuée par des effets de surcadrage qui resserrent l’étau sur Maria, et par un usage de la profondeur de champ qui heurte l’espoir aux parois d’un réel trop cruel.

De mises en abyme en citations mythologiques, le réseau référentiel du récit repose aussi sur un concept proche de la tragédie : l’inéluctabilité. Entre le rêve et le réveil, la poussière sociale et redevenir poussière, il n’y a que quelques états intermédiaires accompagnés d’une série d’avertissements méticuleusement distillés dans le récit et la mise en scène comme des indices du malheur à venir.

Revoir aujourd’hui La Comtesse aux pieds nus, c’est s’abandonner à son clinquant triste et au talent brut d’Ava Gardner, bouleversante en miroir d’elle-même. En questionnant le regard dès la première apparition de sa protagoniste, le cinéaste invite à gratter le vernis esthétique pour dévoiler la soif de liberté de son héroïne, sacrifiée sur l’autel de l’impuissance masculine. Du conte de fées impossible, il ne reste que le reflet grandiose d’une histoire hollywoodienne.
Avec Ava Gardner, Humphrey Bogart, Edmond O'Brien, Marius Goring. États-Unis, 130 minutes.
À (re)découvrir à la Cinematek le 29 avril 2026 précédée d'une conférence de Katia Peignois consacrée au jeu d'Ava Gardner.
Autour de cet évènement, la Cinematek projettera d'autres œuvres de la filmographie de l'actrice américaine du 22 avril au 5 mai 2026.



