Cannes : In Waves, rencontre avec l’auteur AJ Dungo et la cinéaste Phuong Mai Nguyen
- Anaïs Bordages
- il y a 3 heures
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Rencontre avec Phuong Mai Nguyen, la réalisatrice d’In Waves, et AJ Dungo, l’auteur du roman graphique dont le film présenté à Cannes 2026 s’inspire.

Phuong Mai Nguyen, comment avez-vous conçu les différentes palettes utilisées pour chaque période chronologique ?
Pour moi, il y avait trois temps dans le film. Il y a les origines du surf à Hawaï : là, je reprends un peu l’idée du livre, avec du sépia, parce que je trouvais qu'il y avait quelque chose qui rappelle les premières gravures, les premiers dessins. Et je trouve ça chouette de jouer sur cet aspect-là pour raconter les origines, le passé. Ensuite, il y a toutes les couleurs chatoyantes, pour raconter la rencontre et l'histoire d'amour et d’amitié, l'aspect un peu teen. Pour ces moments joyeux, je me suis inspirée à fond des lumières californiennes. Tout en gardant toujours ce bleu, qui va être un peu la ligne rouge, enfin la ligne bleue, si on veut (rires) qui reste tout au long du film. Mais cette teinte bleue va commencer à perdre en vitalité au fil du parcours de Kristen. Par exemple, à la fin, ils vont dans un endroit enneigé, ce qui m’a permis de faire des scènes presque blanches où l’on a l'impression que la couleur perd sa vitalité. Et ensuite on a effectivement le temps du deuil d'AJ, qui redessine le visage de Kristen, où l’on est sur des teintes assez mélancoliques, désaturées. Et pour ça je me suis beaucoup inspirée d'un peintre danois qui s'appelle Hammershøi, qui peint souvent des tableaux avec une lumière très grises, un peu mélancolique .
La musique du film, signée Oklou et Rob, est sublime, comment avez-vous envisagé cette collaboration ?
J’ai commencé à travailler avec Oklou dès le début du projet. C'est notre superviseuse musicale, Jeanne Trellu, qui nous a parlé d'elle. J'ai trouvé qu'il y avait quelque chose dans sa voix qui rappelle beaucoup le chant d’une sirène 2.0. Donc on lui a demandé de venir sur le projet, mais comme c'est la première fois qu'elle travaillait en musique de film, elle ne se sentait pas de le faire toute seule. À ce moment-là, Jeanne nous a parlé de Rob, qui a déjà beaucoup travaillé avec Oklou. Il a apporté tout cet aspect très orchestral et nous a permis de faire ce mélange entre la musique électro et des choses plus profondes avec des cordes classiques.

AJ Dungo, ce roman raconte votre propre histoire, ça fait quoi de laisser une autre artiste l’adapter avec son propre style ?
Imaginez que vos moments les plus tragiques, intimes et embarrassants soient traduits à travers la perspective de quelqu’un d’autre et offerts aux yeux du monde. C’est un peu inconfortable. Et c’est dur à revivre, même si j’adore revoir le film. Ils ont été si soigneux. Je me sens chanceux de voir qu’autant de monde est touché par l’histoire de Kristen.
Comment s’est passée la collaboration avec Phuong Mai Nguyen ?
On a été présentés par les producteurs. Avant même de la rencontrer, j’avais flashé sur sa sensibilité artistique, la délicatesse de son travail et sa capacité à capturer les émotions. On a eu beaucoup de discussions sur le design des personnages. Je tenais à ce que le visage de Kristen lui soit le plus fidèle possible. Et puis elle est venue à Los Angeles pour faire des recherches, et je l’ai emmenée dans tous les lieux du livre. La plage, mon ancien lycée, la maison des parents de Kristen, mes spots de skate tout pourris (rires)… Elle voulait tout voir. On s’est aussi retrouvés à Hawaï, par coïncidence. Et puis on est devenus progressivement amis, maintenant elle m’envoie des photos de son chien (rires).

C’est la première fois qu’un film d’animation fait l’ouverture de la Semaine de la Critique, qu’est-ce que ça vous fait ?
C’est absolument génial. Je suis un immense fan de cinéma d’animation, mais je suis un illustrateur, je ne pense pas avoir tout le talent que ces gens ont. Je crois qu’il a été envisagé à un moment d’adapter le livre en live-action, et je suis tellement heureux qu’ils aient fait les choses comme ça, c’est tellement plus créatif et expansif comme expérience. J’espère que le cinéma d’animation va continuer à gagner du terrain.
Avec les voix de Lyna Khoudri, Paul Kircher, Rio Vega. France/Belgique, 95 minutes.


