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In Waves : Un amour adolescent au rythme des vagues et de la maladie

Co-production franco-belge, In Waves ouvrait ce matin la Semaine de la Critique. Le long-métrage d'animation de Phuong Mai Nguyen a offert aux spectateurs une romance toute en subtilité au crépuscule de l'âge adulte.


In Waves.
In Waves © Charades

« Le mauvais temps viendra, le beau temps aussi. » Cité par le personnage de Kristen, adolescente californienne passionnée de surf, ce proverbe hawaïen aurait tout aussi bien pu être placé en exergue de In Waves. Adapté d'une bande dessinée autobiographique de AJ Dungo, le premier long-métrage de la réalisatrice française Phuong Mai Nguyen mêle avec brio les premiers émois d'une romance adolescente et le mélodrame crépusculaire


In Waves.
In Waves © Charades

Lycéen timide et discret, AJ tombe sous le charme de Kristen, qui l'initie aux joies du surf. Mais très vite, leur histoire d'amour prend l'eau, menacée par la maladie qui touche la jeune femme. Là où la bande dessinée privilégiait un trait clair, un découpage épuré et une modeste bichromie sépia/turquoise, l'animation digitale 3D chatoyante de la cinéaste s'épanouit dans des palettes rose/orange qui renforcent la dimension sentimentale, à fleur de peau, du film. Phuong Mai Nguyen se tient au plus près de ses personnages et, à rebours des émotions explosives généralement associées à la jeunesse, capte les vibrations subtiles de leurs inclinations.


Une délicatesse qui se retrouve également dans l'excellente bande originale, composée par le vétéran Rob et Oklou, nouvelle reine de la pop française. En travaillant la texture même du son avec force synthétiseurs, autotune et filtres, le duo façonne une musique impressionniste et minimale qui s'accorde parfaitement à la fragilité des sentiments du jeune couple.


In Waves.
In Waves © Charades

Au centre du film, l'eau s'impose comme le catalyseur du sentiment amoureux et revêt une forte dimension spirituelle : surfer, c'est se connecter à l'univers, prendre le pouls du monde. Privée de glisse par la maladie, Kristen inscrira ces mots dans son journal : « Le voir surfer, c'est tout pour moi. » La philosophie du surf bénéficiait d'un espace conséquent dans l'œuvre originale ; ici, elle se trouve un peu à l'étroit dans une trame narrative annexe, remontant aux origines polynésiennes et féminines de la pratique, qui atténue légèrement la puissance du récit. C'est heureusement un détail au regard de l'efficacité du montage, qui nous laisse entrevoir par intermittence le futur d'AJ. Débarrassé des tons chauds de l'adolescence, la vie délavée du jeune adulte s'habille de teintes grisâtres pour mieux nous préparer à l'issue que l'on craint inévitable.


Comme AJ Dungo avant elle, Phuong Mai Nguyen ose regarder la maladie dans les yeux dans des scènes intimes déchirantes, et accueille pleinement le mélodrame. Calé sur le tempo du ressac, le film s'achève là où il a commencé, dans l'eau. AJ, autrefois hésitant sur sa planche, s'accorde enfin au mouvement des vagues, trouve l'apaisement dans le déséquilibre, et l'océan devient alors le lieu de la transcendance.


Avec les voix de Lyna Khoudri, Paul Kircher, Rio Vega. France/Belgique, 95 minutes.

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