La Vénus électrique : Un film d’ouverture qui célèbre la fiction
- Quentin Moyon

- il y a 48 minutes
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Il y a de l’électricité dans l’air ! Dans le clair-obscur d'un Paris interlope, Pierre Salvadori nous invite avec La Vénus électrique à une touchante valse des spectres. Faisant passer la reconstitution du Paris des Années Folles en second plan, malgré l’importance du contexte d’entre deux guerres, le cinéaste y ausculte les soubresauts de la création et son pendant mystique de l’inspiration, par le prisme d’une manipulation médiumnique.
Loin du marivaudage de bas étage – il faut dire qu’à l’origine de l’histoire on retrouve Robin Campillo et Rebecca Zlotowski – l'œuvre en ouverture de ce Festival de Cannes, se déploie comme une fine analyse du deuil et de la pulsion artistique, où le mensonge se fait artifice capable de réanimer les chairs mortes.

Salvadori délaisse délibérément la fresque à grand spectacle – on pourrait certes lui reprocher un léger manque d'ampleur dans le déploiement spatial de ses décors, ne laissant poindre qu’une once de la transformation de la Capitale – pour resserrer sa mise en scène sur l'intime. La roulotte de la foraine et l'atelier du peintre, entre lesquels nos protagonistes vont et viennent sans relâche, deviennent le théâtre des sentiments, le premier étant les coulisses (alors qu’il devrait être lieu de performance) et le second le lieu de la performance (alors qu’il devrait être coulisses). On assiste alors à un cirque des illusions qui repose à merveille sur ses comédiens.

Anaïs Demoustier (Suzanne), en Vénus Electrificata, fait fantasmer les hommes de tous milieux par le biais d’un baiser à haut voltage. Par hasard, un soir, c’est en médium qu’elle se drape pour prendre dans ses griffes le malheureux peintre incarné par Pio Marmaï, (Antoine Balestro), dont la compagne vient de décéder : elle lui promet de la ramener brièvement à la vie lors de séances de voyance lucratives.
Mais Anaïs Demoustier n’incarne pas une simple muse éthérée : elle voit dans cette opportunité l’occasion de sortir de sa condition, d’avoir enfin un peu de pouvoir, de passer de marionnette à marionnettiste. En face, si Pio Marmaï nous laisse un brin de marbre, Gilles Lellouche compose un galeriste d'une épaisseur tragique inattendue. Architecte, à première vue cynique, de cette mascarade, sa complexité et ses fêlures surgissent bientôt pour donner du corps à l’intrigue.

La Vénus électrique n'est donc pas une simple romance d'époque, mais une véritable ode au pouvoir thaumaturgique de la fiction. En acceptant de ranimer les fantômes, Salvadori livre une véritable déclaration d'amour à l'artifice, prouvant que des rouages même d'une mystification cynique, l’amour peut naître.



