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Critique de Karma : Marion Cotillard dans l’enfer d’une secte

il y a 6 heures
2 min de lecture

Un kidnapping. Une femme au passé trouble. Une secte païenne tapie dans le Nord de la France. Après la débâcle d’Astérix et l’Empire du milieu, Guillaume Canet fait un virage à 180 degrés et renoue avec le thriller. Hélas, malgré quelques qualités, Karma bute contre la conception du monde simpliste du réalisateur.



Il y a vingt ans déjà, Guillaume Canet dévoilait Ne le dis à personne, adapté d’un roman d’Harlan Coben, et porté par François Cluzet et André Dussollier. Un solide thriller, sous haute influence hollywoodienne : il y avait du Hitchcock dans cette course effrénée d’un innocent accusé à tort. Hélas, Canet n’a pas confirmé par la suite, s’égarant entre dramédies bourgeoises (le diptyque des Petits Mouchoirs), polar réalisé outre-atlantique (l’oublié Blood ties) ou méga production franchouillarde (Astérix et l’Empire du milieu). Avec Karma, le cinéaste semble sur papier retrouver la hargne des débuts. 


Karma
Karma ©The Searchers

Jeanne (Marion Cotillard) vit des jours heureux avec Daniel (Leonardo Sbaraglia) en Catalogne, fuyant visiblement un passé nébuleux et traumatisant. Lorsque son filleul Mattéo disparaît, la police locale la soupçonne aussitôt. Jeanne se réfugie alors dans le nord de la France, auprès de la communauté religieuse sinistre où elle a grandi. Se pourrait-il que cette secte ait un lien avec le sort de Mattéo ? Spoilers : Oui, forcément.


Sur le plan du suspense, Karma tient plus au moins la route. Canet puise son inspiration dans la littérature policière et assure la tension à la faveur de deux fils narratifs parallèles, voués à se collisionner lors d’un climax barbare et cathartique. D’un côté, il y a donc le retour de Jeanne au sein de la secte et ses confrontations orageuses avec le gourou Marc (Denis Ménochet), qui dirige la communauté d’une main de fer. De l’autre, il y a l’investigation de Daniel, convaincu de l’innocence de sa compagne, qui remonte lentement la piste. L’écriture frise parfois la série B, notamment dans certains dialogues  - “Tu pensais que c’était moi le mal alors qu’en fait, c’est toi !” - mais les interprétations intenses de Denis Ménochet et Marion Cotillard maintiennent le bâteau à flot. Le film bénéficie en outre du travail de l’immense Benoît Debie à la photographie, qui apporte à certains tableaux une touche de romantisme gothique rare dans le cinéma français grand public.


Karma
Karma ©The Searchers

Néanmoins, la relative efficacité du film n'efface pas la simplicité de sa vision du monde. De toute évidence, les horizons thématiques ouverts par la communauté pieuse au cœur du film n'intéressent pas Canet, qui n’approfondit ni ses croyances, ni le bien-fondé de son écartement du monde capitaliste - pourtant défendable sur papier. Rivé à son itinéraire de thriller glauque à sensations, Karma se prive de toute ambiguïté et transforme Marc en une personnification caricaturale du mal absolu : pervers, pédophile, consanguin, violent, manipulateur, etc.


L’intrigue emprunte donc bien vite la voie d’une lutte du bien contre l’abject, enrobée d’un certain parfum traditionaliste, qui aboutit à la réunification de la famille nucléaire lors d’un épilogue forcément baigné de scintillement solaire. Dans l’ensemble, la gestion de la lumière se révèle d’ailleurs à la hauteur de la subtilité du film : chaude et agréable lors des scènes en Catalogne, froide et hostile en France. En un mot, binaire.



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