Critique de Ni vue ni connue : Isabelle Huppert dans le rôle d'une figurante
Le grand écran n’a de regards (et d’égards) que pour ses stars. Après son documentaire Les Figurants, consacré à la profession la moins en vue du cinéma, Marc Fitoussi revient avec un long-métrage de fiction qui donne vie aux prolétaires du spectacle : Ni vue, ni connue. Présenté au FIFF, ce film construit autour du personnage de Corinne Maclou, figurante professionnelle qui va faire la rencontre et sympathiser contre toute attente avec la vedette Sandrine Kiberlain.
Le geste le plus fort du film est dans le choix ironique de confier le rôle de Corinne Maclou à Isabelle Huppert. Voir l'une des actrices françaises les plus célébrées au monde, réduite à mendier une seconde d'attention pour tâcher de faire décoller sa carrière, distribuant ses CV sur les plateaux à des Sandrine Kiberlain et Ana Girardot gênées et peinées, relève d’une forme de profanation jubilatoire. Le vertige démontre avec habileté que l'invisibilité n’est pas foncièrement liée au talent, mais le fruit d’un réseau, de l’appartenance à un entre-soi. Face à cette travailleuse acharnée, l'élite cinématographique s'affiche au travers d’un miroir déformé et déformant. Si Sandrine Kiberlain ou Vincent Dedienne apparaissent sous leur propre nom, ils n'y sont pas vraiment eux-mêmes. Ils incarnent des caricatures de leur propre image publique, poussant à bout l’autodérision et l’absurde de ce monde de paillettes.

On pourra regretter malgré tout que la mécanique dramatique soit assez prévisible. Fitoussi emprunte des sentiers balisés, où la satire s’étiole face à des péripéties un brin artificielles. Et pourtant, malgré cette trajectoire cousue de fil blanc, on se complaît finalement à vivre avec ces personnages la naissance d'une étoile. Un film d’une belle humanité, parfaitement incarnée à l’écran.





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