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Garance : Le portrait fracturé d'une actrice en chute libre

il y a 2 heures
2 min de lecture

Après Je verrai toujours vos visages (2023), Jeanne Herry revient avec Garance, un film-personnage sur une actrice aux prises avec l’alcoolisme, transcendé par la performance d’Adèle Exarchopoulos.



Coupes brusques, montage saccadé et fondus au noir se mêlent à un effet de répétition et de mouvement pour capter, sur huit ans, le chaos intime et quotidien de Garance (Adèle Exarchopoulos) en chute libre constante. Un métier précaire, des relations et appartements éphémères, une sœur atteinte d'un cancer et une anxiété grandissante poussent l’héroïne à confondre le problème et son remède. "Faire du sport, ça donne des courbatures, et pourtant, on n'arrête pas le sport", lâche-t-elle à la docteure qui lui annonce que son foie se meurt. Sauf que pour elle, le sport en question consiste à boire dix-neuf verres de vin par jour et enchaîner les black-outs. Mais, le mal est insidieux, car Garance est festive, avec un besoin d'appartenance fort, ce qui brouille les repères dans une société qui a encouragé l'alcool comme liant social. Jusqu'au moment où les bourdes et les blessures en état d'ébriété commencent à ressembler à un lent suicide en direct.


Garance
Garance ©Cinéart

À l'instar de sa protagoniste, Garance, en tant qu'objet filmique, est fracturé et surchargé. Il brosse le portrait d'un métier ; un élément récurrent au cœur du travail de Jeanne Herry. Ici, celui d’actrice, quand le succès n'a pas (encore) été au rendez-vous et qu’il impose de se muer en couteau suisse de son art en jonglant avec les castings, les productions théâtrales confidentielles, les spectacles pour enfants et le doublage pour arracher un contrat par-ci, par-là. La physicalité puissante et l'expressivité, notamment vocale, extraordinaire d'Adèle Exarchopoulos, qui, sur scène, se transforme aussi bien en soldat qu'en oiseau, amènent un trouble existentiel à cette profession qui dépend du bon vouloir du regard d'autrui. Or, pour Garance, ce rapport aux autres constitue autant une échappatoire qu'une peur supplémentaire de l'abandon.


Garance ©Cinéart
Garance © Cinéart

Outre un drame familial, négligé dès lors qu'il ne sert plus la mécanique du scénario, Jeanne Herry mise également sur le récit d'une rencontre amoureuse, idéale et volontairement idéalisée. Patiente et compréhensive à la limite du sacrificiel, Pauline (Sara Giraudeau) devient structurellement celle qui laisse Garance décider de son sort. La romance lesbienne s’inscrit ainsi au carrefour de choix autonomes, à faire pour soi et hors des injonctions culpabilisantes.


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Garance © Cinéart

Comme son rôle-titre, Garance dissimule mal ses défauts, mais son humour désarme et dessine une fuite tragi-comique d’où l’émotion jaillit. Grâce à sa capacité à chambouler le texte, le rendant vivant et brutal, doux et douloureux dans un même flux vocal et corporel, Adèle Exarchopoulos incarne la force vulnérable de la protagoniste, et traduit le rythme viscéral d’une génération perdue dans un monde qui ne s’arrête jamais et n’attend personne.





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