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Heart of the Beast : Brad Pitt, son chien, et ses Chimay bleues

il y a 8 minutes
2 min de lecture

Au bord d'une étendue d'eau, au milieu des terres sauvages de l'Alaska, Brad Pitt ouvre un bac frigo rempli d'une multitude de bières. Aucun doute possible, il s'agit d’une Chimay Bleu, que son personnage de vétéran boit avec une satisfaction surjouée. Le placement de produit déjà peu subtil atteint son paroxysme quelques scènes plus loin, au détour d'une des rares conversations avec un autre être humain : c'est au tour de J.K. Simmons de s’émerveiller de la saveur de la trappiste. Vendre une bière belg, une sacrée gageure pour ce film de survie dans la nature sauvage, dont le personnage le plus important est un chien du nom d'Odin. Mais ce n'est pas la seule chose que Heart of the Beast entend nous vendre derrière ses atours de récit canin.



Comme F1, Heart of the Beast semble conçu pour redorer l'image de Brad Pitt, écornée après les allégations de son ex-épouse, Angelina Jolie. Pitt incarne ici un héros fort héroïque, homme viril ultra-capable, hanté mais sincère, musclé mais vulnérable, et surtout entièrement dévoué à son chien de guerre. Les scènes qui le voient prioriser le bien-être et la vie de son animal sur la sienne sont nombreuses. Si l'animal livre une impressionnante prestation, Brad Pitt lui ne fait guère d'étincelles. Il reste charismatique, mais son attitude cool et maîtrisée est si appuyée qu'elle en devient artificielle.


Heart of the Beast
Heart of the Beast ©Paramount

Le réalisateur David Ayer n'y est sans doute pas étranger: de Bad Times à A Working Man en passant par Fury, le cinéaste américain affectionne les militaires dégoulinants de testostérone, dont la carapace cache un soupçon de tendresse. Il ne résiste d'ailleurs pas à inclure quelques flashbacks franchement hideux pour mettre en scène le passé guerrier du personnage principal, et de son compagnon. Présenté comme un hommage aux chiens de guerre de l'armée américaine, le film n'affiche pas ostensiblement son patriotisme, mais semble néanmoins habité par un esprit combatif fort étasunien. On n'est d'ailleurs guère surpris de voir derrière le film le studio Paramount, dont le glissement trumpien est de plus en plus prononcé.


Heart of the Beast
Heart of the Beast ©Paramount

Il faut néanmoins reconnaître à Heart of the Beast certains atouts, notamment ses scènes d'action, efficaces. Pour pimenter le périple éprouvant de ses deux héros, à 100km de toute civilisation, le film multiplie les épreuves extrêmes, parfois absurdes, mais souvent palpitantes. Le cinéaste et ses équipes font également un bel usage de leur décor néo-zélandais (en lieu et place de l'Alaska), filmé avec un certain émerveillement. Il se dégage de l'ensemble un classicisme qui n'est pas tout à fait déplaisant.


Heart of the Beast
Heart of the Beast ©Paramount

Mais ce « dad movie » dans l'âme (pour reprendre ce terme apprécié des Américains) paraît bien inconséquent à l’arrivée. Confondant rugosité avec authenticité, et larmes avec sincérité, Heart of the Beast tire trop souvent sur la corde dans sa quête d'émotion. Et malgré tous les efforts d'Ayer, les yeux attendris de son toutou ne suffisent pas à nous faire oublier le caractère artificiel du récit ni les velléités cyniques du projet.



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