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Los Domingos : La grâce d'un autre regard sur la foi

Étonnant récit d’adolescence, ce film venu d’Espagne (et multi-primé aux Goyas) aborde la question de la vocation avec sobriété tant sur la forme que sur le fond.



Alors que ses copines sont encore endormies, une jeune fille se glisse à l’aube hors des draps. On découvre vite que ce n’est pas pour s’enfuir loin, ou rejoindre un amant… mais pour aller à la messe. Élevée dans un foyer de classe moyenne du Pays basque, Ainara, lycéenne de 17 ans, annonce à son retour d’une excursion scolaire qu’elle souhaite entamer un parcours de de discernement, afin de peut-être devenir nonne cloîtrée. Une décision radicale, qui va provoquer une onde de choc auprès des différents membres de sa famille.


Étonnant sujet que celui de Los Domingos, récit d’émancipation adolescente à rebours des images souvent associées à cette thématique – fêtes débridées, mélodies pop, découverte de la sexualité… Ce qui intéresse Alauda Ruiz de Azúa, réalisatrice de ce portrait d’une jeune fille en construction, c’est la question de la foi et de la vocation. Et comment celle-ci va impacter la structure familiale, par extension. Une question qu’elle a choisit d’aborder, tant sur le fond, que sur la forme… d’un point de vue athée.


Los Domingos.
Los Domingos © Cherry Pickers

« Je ne voulais pas faire un film de camps opposés ni de tranchées idéologiques, mais créer des situations qui ouvrent des questions et poussent le spectateur à s’interroger sur ses propres émotions », explique la réalisatrice, elle-même Basque et non croyante. De Ainara à Iñaki, son père restaurateur débordé et plutôt conciliant, ou encore Maïté, sa tante farouchement antireligion perturbée par le choix de sa nièce, le film ne juge personne. Avec délicatesse, il aborde à travers chaque personnage la complexité des convictions intimes. La foi est intérieure, et la réalisation, naturaliste et rationnelle, est sans excès ni effets : pas question de lumières divines, ou de visions mystiques. C’est au public d’y croire, ou non. La palette chromatique est dans les bruns et gris délavés, le rythme est calme et posé – bref, on est très loin de la Movida d’un Almodóvar ou des hallucinations du Saint Maud de Rose Glass. Ici, on aborde le divin de façon terre-à-terre.


Los Domingos.
Los Domingos © Cherry Pickers

La force de Los Domingos, dont le titre convoque avec poésie les rituels dominicaux, religieux ou familiaux, c’est cette façon d’articuler une pensée avec grâce, retenue et sobriété – mais pas sans générosité. Un film qui redonne foi en la puissance du cinéma.



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