top of page

Mariinka : Une Ukraine déchirée à travers l'œil du documentariste Pieter-Jan De Pue

Une décennie, six personnages, et un conflit qui prend corps à l’écran, écrasant tout sur son passage.



La guerre. Pas celle, aseptisée, que l’on découvre au détour des journaux télévisés, ni celle d’un jeu vidéo auxquels certains plans de Mariinka font évidemment penser. La guerre que nous fait vivre Pieter-Jan De Pue, photographe et réalisateur belge qui a accompagné ces Ukrainien·nes pendant près de dix ans, est celle où rien n’est beau. Où tout est sale, où la mort est partout et surtout dans le cadre. Au détour d’un sentier, on croise un cadavre à peine enseveli. Sur le bord d’une route, les chevaux éventrés gisent de manière banale. 


Et entre les décombres et les corps, certain·es continuent à vivre. Nataliia, la boxeuse devenue médecin paramilitaire. Anzhela, la passeuse qui transporte nourritures, paquets et autres morceaux de vie de part et d’autre de la ligne de front. Et quatre frères, Maksym, Daniil, Mark et Ruslan. Le premier meurtri à jamais par la guerre, le second adopté très jeune par une famille américaine, et qui assiste de loin au déchirement de son pays natal. Les deux derniers, engagés dans une lutte tragique. L’un auprès des forces séparatistes pro-russes, l’autre se battant pour l’Ukraine.  


Nataliia dans Mariinka.
Mariinka © Dalton Distribution

En à peine une heure trente, résultat d'un processus de plus de dix ans débuté en 2015 alors que De Pue était envoyé en mission par la Croix-Rouge dans l’est de l’Ukraine, Mariinka dresse le portrait d'un peuple comme celui d'une humanité en cendres qui tente malgré tout d'aller de l'avant - par le cinéma notamment.


D’une part, en montrant sans fards la réalité des décombres qui furent jadis la ville de Mariinka, du plan le plus large où les bombes pleuvent au plus intime des cauchemars lorsque l'on fouille les ruines de son propre chez soi pour y retrouver sa robe de bal, vestige d’un passé désormais enterré. De l’autre, en offrant à ces personnages des espaces de parole, et en faisant dialoguer ces images d’un passé déjà anéanti avec celles et ceux qui y sont représentés. Et dans les lambeaux de ce présent qui terrasse une génération, ces bribes de passé résonnent d’autant plus fort.


Mariinka.
Mariinka © Dalton Distribution

Dans le monde d’aujourd’hui, aux images manipulées et aux fausses vérités, où l’on tente sans cesse de détourner notre déjà fragile attention, Mariinka choisit la forme documentaire pour comprendre, transmettre, témoigner et sauver ce qui peut encore l’être. Un film-monde, celui d’êtres humains jouets d’un conflit qui les éclipsent un par un.


Avec Nataliia Borodynia, Anzhela Pisareva, Mark, Maksym, Ruslan Zolotko

et Samuel Scruggs (né Daniil Zolotko). Belgique/Pays-Bas/Allemagne/Suède, 94 minutes.



bottom of page