NAZA : Le documentaire sur Gaza qui éclaire l’irregardable
Lors de l’interview d’un soldat israélien, une panne de courant plonge la scène dans l’obscurité. « Il n’y a plus de lumière » constate l’interviewé. NAZA est un film sur l’absence de lumière, au sens propre comme au figuré. Face aux témoignages répétés de soldats racontant qu’ils peuvent pirater n’importe quel téléphone, écouter n’importe quelle conversation et faire exploser un immeuble quand un enfant dit « papa est rentré à la maison », on a le sentiment d’avoir perdu toute humanité, espoir et empathie. D’avoir perdu tout court, en tant que société.
Le mot qui donne son titre au film est le terme employé par l’armée israélienne pour estimer le nombre de civils tués dans une attaque. Mais quelle différence, au fond, que le chiffre soit 1 ou 500, quand le but avoué est l’extermination totale de toute une population ? Quand on apprend que les cibles sont estimées par Intelligence Artificielle sur base non pas de faits, mais de modèles comportementaux ? Quand on apprend que l’outil ne différencie pas les adultes des enfants ? La déshumanisation tourne à plein régime, et pour le public également, c’est difficile de voir ces soldats comme des humains – c’est d’ailleurs difficile de les voir tout court : NAZA, c’est des conversations dans l’obscurité, filmées sur les toits de Tel-Aviv la nuit, avec des visages volontairement obscurcis. Des ombres anonymes, sans histoire, sans passé.
Pourtant, ceci est un film, et ses images ont un sens. Dans les plans capturés dans les appartements avoisinants, des gens regardant la télé ou mangeant leur dîner, s’illustre en creux la disparition de la banalité du quotidien sur la même côte à quelques kilomètres de là. Dans l’utilisation d’archives de l’armée, il y a une volonté de comprendre comment on en est arrivé là. Dans les dessins que font les soldats de ce qu’ils voient sur leur écran, les rues de Gaza, les immeubles, les appartements, on voit que pour eux c’est « comme un jeu vidéo ». Dans ces images vers la fin du film où un père palestinien cherche ses enfants dans les décombres en pleurant, il y a le rappel qu’on parle d’êtres de chair et de sang.

Le coréalisateur et journaliste Yuval Abraham enquête depuis longtemps sur les crimes de guerre de son gouvernement (notamment dans le média israélien 972mag). En 2024, avec Rachel Szor, Hamdan Ballal et Basel Adra, il a signé le documentaire oscarisé No Other Land (notre interview ici). Le film, primé au festival de Berlin, est allé jusqu’à décrocher l’oscar du meilleur documentaire. Conscients de la puissance du cinéma, et de leur position privilégiée en tant que citoyens israéliens, les réalisateurs ont exploité ces atouts de la meilleure des façons. La force de NAZA, c’est de raconter le génocide palestinien du point de vue de ses exécutants. Qui, comme dit la plupart d’entre eux, ne faisaient « qu’obéir aux ordres ». Glaçant quand on sait que cette justification a été employée aux procès de Nurenberg. Pour citer un soldat dans le film : « Quand j’ai appris pour l’Holocauste, je me demandais comment les Nazis ont pu en arriver là. Aujourd’hui, je les comprends. Qu’est-ce que ça dit de moi ? »
NAZA est une plongée dans l’abîme, une confrontation avec la face la plus sombre de l’humanité. Et dans le même temps, NAZA veut faire la lumière sur les faits, raconter l’indicible, éclairer l’irregardable.





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