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Ramdam Festival : Rencontre avec la programmatrice Souad Ala, à la recherche des "films qui dérangent"

Du 16 au 26 janvier, la ville de Tournai s’illumine sous le signe du cinéma avec le Ramdam Festival, le festival du film qui dérange, un rendez-vous désormais incontournable pour les cinéphiles, jeunes et moins jeunes. Au programme : fictions, documentaires, courts-métrages, rencontres avec les cinéastes, débats et films inédits. Depuis sa création, le festival a fait de l’accessibilité et de la diversité de son public un point central. Membre du comité de sélection, Souad Ala raconte comment le Ramdam parvient à conjuguer radicalité et plaisir de la découverte.



Qu’est-ce qui fait la force du Ramdam selon vous ?


«Sa force, vraiment, c’est de proposer un cinéma que j’estime de qualité, mais très accessible. On est à Tournai, donc ça reste une ville où les activités culturelles sont souvent assez familiales. L’accessibilité a toujours été importante : malgré l’exigence de la programmation, on veille à ce que chacun se sente concerné. Les débats après les projections sont essentiels : comédiens, réalisateurs, spectateurs… tout le monde peut poser des questions, partager ses impressions. Ça reste au cœur de l’ADN du festival. »


Le festival n’oublie pas les jeunes : le programme Génération Ramdam, lancé il y a trois ans, cible les 8-16 ans, un public difficile à toucher. Les jeunes jurés, issus de Maisons de Jeunes, apprennent à analyser les films comme de véritables professionnels. Cette approche favorise un dialogue intergénérationnel et permet au public de se familiariser avec un cinéma engagé, tout en restant accessible et compréhensible.


« Le public, c’est vraiment le juge du festival. Qu’il ait cinq ou quatre-vingts ans, il doit pouvoir repartir avec quelque chose. Et c’est ce qui fait, à mon avis, la singularité du Ramdam. »


On vous croit © O'Brother Distribution
On vous croit © O'Brother Distribution

Sélectionner entre forme et fond


Comment choisissez-vous les films ? Qu’est-ce qui prime : l’impact politique ou la forme cinématographique ?


«On regarde toujours les films avec plusieurs lunettes. Bien sûr, la facture cinématographique compte, mais ce qui est central, ce sont les thématiques. Le festival est engagé, il doit déranger, interroger, faire réfléchir. Le cinéma est le reflet de la société : on essaie de proposer des films qui témoignent de réalités, dénoncent des injustices, et ouvrent à la discussion. » Le comité de sélection est volontairement varié, avec des âges et profils différents. Cette diversité crée des sensibilités multiples : ce qui touche une personne peut ne pas toucher l’autre, et c’est exactement ce qui nourrit le débat et la richesse du programme.« Je ne vais pas apprécier un film comme Jean-Pierre, qui a plus de 80 ans, ou comme Jeanne, une maman de deux enfants. Cette variété fait la force de notre programmation et nous permet de toucher des publics différents. »

Chaque film est donc analysé sous plusieurs angles : artistique, narratif, social et même politique. Cette approche garantit que le festival reste fidèle à sa mission : offrir un cinéma exigeant mais ouvert à tous.


Julian
Julian © Lumière distribution

Qu’est-ce qu’un film dérangeant pour vous ?


« Pour moi, c’est un film qui me donne envie de bouger, qui m’apprend quelque chose, qui m’informe autrement. Ce n’est pas forcément agréable : on peut sortir bouleversé, mais jamais démoralisé. On essaie toujours d’équilibrer : des films qui questionnent, mais aussi des bouffées d’air, du comique, de l’animation. Par exemple, Follies ou Lesbian Space Princess abordent des thématiques sensibles comme la sexualité ou l’identité LGBTQIA+, mais avec humour et légèreté. »


Le festival comme laboratoire social


Le festival donne une place importante aux cinémas émergents et aux voix marginalisées. Pourquoi est-ce essentiel dans le paysage cinématographique actuel ?


«C’est le rôle du festival. Dans une société de plus en plus mainstream, où l’originalité est rare, il faut offrir des œuvres qui sortent du cadre habituel. Montrer l’Irak à travers The President’s Cake, par exemple, c’est offrir un regard neuf, loin des clichés. Les festivals permettent de bousculer le public, de l’éduquer, de le confronter à la réalité du monde. »

Ce rôle éducatif se retrouve dans la sélection de documentaires ou de fictions qui abordent des sujets actuels et souvent ignorés : conflits internationaux, violences sociales, précarité, minorités. Souad souligne : « On visibilise des réalités que les politiques ou les médias mettent parfois de côté. Le festival permet de dialoguer sur des thématiques difficiles et de réfléchir collectivement. »


La Maison des femmes © Cinéart
La Maison des femmes © Cinéart

Cohésion et débats au comité


Comment gérez-vous les désaccords dans le comité de sélection ?


« On est assez d’accord globalement. Il y a parfois des batailles d’opinion, notamment avec des sensibilités très différentes, mais toujours dans la confiance et la cohésion. On regarde beaucoup de films ensemble, on échange, on débat, et ça nous permet de prendre des décisions collectives. C’est presque une métaphore de la société : diversité des points de vue, mais objectif commun. »


Souad Ala insiste : cette diversité de perspectives enrichit la programmation et reflète la variété des publics. « Voir un film avec d’autres, discuter après, confronter nos ressentis, c’est exactement ce que le cinéma doit être : une expérience collective. »


Quelques films à ne pas manquer


Parmi les temps forts du festival : N121 - Bus de nuit de Morade Aïssaoui, qui explore les fractures sociales dans un bus nocturne français ; Invisibles de Junna Chif, un film québécois sur une travailleuse du sexe et une personne en situation de handicap ; et La maison des femmes de Mélisa Godet qui clôture le festival avec un regard intime et engagé sur la solidarité féminine. Les productions belges sont également à l’honneur, avec des invités comme Laura Wandel (L’interêt d’Adam), Arnaud Dufeys (On vous croit), Cato Kusters (Julian) ou Valery Carnoy (La danse des renards).


« On veut montrer toutes les facettes du cinéma belge et international, des courts aux longs-métrages, des fictions aux documentaires. Le public repart avec des émotions et des réflexions différentes, et c’est exactement ce que nous cherchons. »


————Tournai Ramdam Festival - du 16 au 26 janvier. Infos et programmation : https://www.ramdamfestival.be


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