Cannes : Rencontre avec Paul Nouhet pour le magnifique Barça Zou : “Ce film est un prétexte pour être ensemble”
- Arthur Bouet
- 19 mai
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 mai
Pour son premier long-métrage Barça Zou sélectionné à l'ACID, Paul Nouhet pioche dans ses souvenirs et compose le portrait vibrant d'un groupe d'amis face au temps qui passe.

Dans ton précédent film, le moyen-métrage Salut les zins !, un personnage d'adolescent filmeur exprime son désir « de faire des films sur la vraie vie. » Est-ce que toi aussi tu as besoin de partir du réel pour écrire de la fiction ?
Ce que je trouve intéressant avec le cinéma, c'est qu'en même temps il y a cette idée qu'on tire notre matière de la vie – et Salut les zins ! et Barça Zou sont inspirés de vrais souvenirs, avec des personnages qui existent et qu'on interprète nous-même – mais faire des films c'est aussi créer des expériences de vie. Il y a un aller-retour. D'ailleurs, quand le personnage prononce cette phrase dans Salut les zins !, la réaction de la fille à qui il s'adresse est d'imaginer une situation à filmer. Elle provoque quelque chose grâce au film. Et c'est cet aller-retour entre ces deux positions que je trouve particulièrement intéressant, car faire un film, c'est aussi une aventure de vie. Ce film a presque été pensé comme un prétexte pour créer du lien, pour être ensemble. Ça vient en partie d'un désir de faire perdurer une relation avec des amis qui est un peu en train de disparaître.

Comment arrive l'idée des deux temporalités dans Barça Zou ? L'une au passé, dans laquelle des ados vivent leurs premières vacances entre amis, et une au présent, où les adultes qu'ils sont devenus se remémorent leur voyage.
Pour écrire le film, on est reparti de vrais souvenirs d'un voyage qu'on a fait à Barcelone quand on avait dix-huit ans. Et pour créer la matière pour faire ce film, on a passé des coups de téléphone. Avec Émile Pierre, le co-scénariste, qui joue aussi dans le film, on a appelé Léo et Hascoët, les amis qui étaient avec nous lors de ce voyage il y a dix ans, pour récolter la matière première en vue d'écrire le scénario. Mais on s'est rendu compte qu'en se racontant ces souvenirs, qui devaient à la base être un simple point de départ pour l'écriture du scénario, les interstices de ces conversations racontaient aussi des choses de nos vies. Des choses transparaissaient en dehors du strict récit du voyage. On trouvait cette matière intéressante et on a décidé d'utiliser ces moments de conversation dans le film même. Ils racontent le temps qui passe et cette idée de lien qui s'étiole entre nous.
Le film est ancré dans l'univers du skate. Est-ce que tu pourrais me parler de l'importance de filmer dans cette culture ?
Quand j'étais ado, c'était moi le filmeur de la bande. J'ai donc commencé par filmer mes potes faire du skate avant de faire des films. C'est comme ça que j'ai découvert la vidéo et, plus tard, le cinéma. Je pense que les premiers films d'auteur que j'ai vus, c'était des films avec du skate : Larry Clark, Gus Van Sant. Tu vois Paranoid Park puis tu te rends compte que Gus Van Sant a fait d'autres films, comme Elephant. Toute ma cinéphilie est partie de là. Et aujourd'hui, je fais des films avec mes potes d'adolescence. C'est un peu la même chose : je continue de filmer ces amis, sauf que maintenant je le fais dans de vrais films. Je retrouve la même énergie mais dans quelque chose de plus adulte. Et ce que l'acte de filmer raconte dans Barça Zou, c'est qu'il y a l'envie de capter des moments, de garder des souvenirs, de les imprimer sur une cassette, de les revoir. C'est très lié à la mémoire, au souvenir. Et il y a un truc très nostalgique dans le skate à la base : on continue à filmer avec des cassettes, ça n'est pas du tout exceptionnel, on est bloqué dans l'époque des années 1970, 1980, 1990, au niveau des fringues, des visuels...

Comment as tu formé cette bande de skaters, interprétée par des acteurs non-professionnels ? Et quel travail a été nécessaire en amont pour les rendre crédible ?
On a fait un casting assez long avec une jeune directrice de casting, Sofia Barandiaran, et le co-scénariste, Émile Pierre. On a vu beaucoup de jeunes skaters, à Paris, à Bordeaux et dans d'autres villes. L'idée était avant tout qu'il sache faire du skate mais on ne cherchait pas d'expérience de jeu : la seule contrainte était qu'il sache skater, car c'est quelque chose qui ne peut pas s'apprendre en quelques semaines. On a vite vu qu'une personne qui ne sait pas très bien faire du skate, ça pose plein de problèmes au niveau de comment elle tient sa planche, comment elle se déplace, comment elle s'habille. On est beaucoup passé par Instagram, on postait des annonces, on allait dans la rue, sur les skate-parks. On a vu beaucoup de jeunes, on a revu ceux qui nous intéressaient, et on cherchait des personnalités assez précises, qui pouvaient correspondre à celles des personnages adultes. On ne voulait pas qu'ils jouent mais plutôt observer leur personnalités.
En ce qui concerne le travail avec eux, étonnamment, ils savaient jouer (rires). Ils étaient bons ! Même s'il y a plein de choses qu'ils ont pu apprendre, par rapport au texte, aux déplacements. Mais ils avaient quand même un truc naturel immédiat, une énergie, ce qui était vraiment le principal. Le reste c'était des ajustements techniques. Après, il y a quand même beaucoup de travail au montage. Je faisais pas mal de prises, c'était très précis au niveau du texte, il n'y a pas d'improvisation. Ensuite, avec la monteuse Dinah Ekchajzer, on est partie de cette matière récoltée sur le vif pour créer un rythme de comédie. C'était important pour nous que le film soit assez sharp, rythmé. On mélangeait beaucoup de sons de prises différentes. C'était un travail de montage très minutieux, de trouver le bon rythme de comédie dans cette matière documentaire.
Avec Gaspar Bellegarde , Noah Harray , Lukas Larrue , Eliot Lucas. France, 86 minutes.



