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Robin des Bois : Dans l’ombre de la légende

Dans On l’appelait Robin des Bois, attendu dans les salles le 26 août, Hugh Jackman incarne un Robin de Loxley désabusé et vieillissant, indigne de sa légende. L’occasion de revenir en profondeur sur l’héritage cinématographique de l’archer le plus célèbre d’Angleterre.


On l'appelait Robin des Bois
On l'appelait Robin des Bois © The Searchers

Les prémisses de la légende sont connues de tous·tes. Alors qu’un régime oppressif s’abat sur l’Angleterre, un archer hors pair, Robin de Loxley, prend la tête d’une rébellion populaire. Embusqué dans les bois de Sherwood avec ses compagnons, le hors-la-loi se met à attaquer les convois de la Couronne, dans le but de “voler aux riches pour donner aux pauvres”, pour citer la maxime indissociable du personnage. Dans sa quête de liberté, le héros trouvera l’amour (Marianne) et l’amitié (Petit Jean), avant de finalement triompher de ses ennemis que sont le lâche Prince Jean et le cruel Shérif de Nottingham. 


Ce récit héroïque, qui constitue la charpente d’une grande majorité des adaptations, a été popularisé par Ivanhoé, roman de Walter Scott publié en 1819. Ce n’est pourtant qu’une version parmi d’autres de la légende, dont les plus vieilles ballades remontent au XIème siècle. Parmi la myriade de chansons de geste tournant autour de l’archer, toutes ne font pas l’éloge de son héroïsme ou de son patriotisme anglo-saxon : Robin se mue parfois en assassin ou en brigand sans foi ni loi, comme dans le funeste texte “La mort de Robin des Bois”, dont le cinéaste Michael Sarnowski s’est inspiré pour On l’appelait Robin des Bois.


De la cape à l’épée


Hors-la-loi, super-héros, révolutionnaire, justicier… Au fil de son impressionnante trajectoire audiovisuelle, Robin des Bois a multiplié les masques et les genres, se pliant à chaque fois aux tendances hollywoodiennes de son époque. Les premiers films autour de la figure témoignent de l’appétit des studios pour le récit de cape et d'épée. Le Robin des Bois de 1922 est ainsi un véritable blockbuster de l’ère muet, et l’un des plus gros budgets de cette période glorieuse. Une approche spectaculaire entérinée par le cultissime Les Aventures de Robin des Bois sorti en 1938, où le héros à la capuche est incarné par un Errol Flynn charismatique et malicieux. C’est cette version qui sculpte dans l’imaginaire collectif le Robin des bois tel qu’on se le représente aujourd’hui : un homme svelte, bondissant, vêtu d’un costume vert et d’un chapeau à bec. Baignée dans un somptueux technicolor et transcendée par l’ample mise en scène de Michael Curtiz (futur réalisateur de Casablanca), cette version s’impose comme un classique de l’âge d’or hollywoodien, souvent imité mais jamais égalé. Il faudra attendre 1973 et les studios Disney pour que le personnage renoue avec un certain prestige. Inspirée par l’anthropomorphisation du Roman de Renart, cette version animée remanie la légende à destination d’un jeune public et installe définitivement le héros dans la pop-culture.


robin des bois
Robin des Bois (1973)

Les âges sombres 


Avec le temps, le héros charmant mais un brin unidimensionnel va néanmoins gagner en complexité. D’abord avec le méconnu La Rose et la Flèche en 1976, où le justicier cette fois interprété par Sean Connery va connaître la douleur de l’absence, le poids du temps et la mort, dans ce qui reste l’une des incarnations les plus émouvantes et dramatiques du personnage. Ensuite, avec les deux versions sorties en 1991 - l’une très connue avec Kevin Costner, l’autre avec Patrick Bergin - qui évoluent dans un univers médiéval sombre et terne, loin des couleurs chatoyantes d’Errol Flynn et de Disney. Sorti en 2010, l’opus de Ridley Scott fait un pas de plus vers le réalisme et détaille la trajectoire d’un simple archer devenant malgré lui le meneur d’une révolte populaire. Russell Crowe y incarne un personnage qui ne s'appelle même plus Robin de Loxley mais Robin Longstride, dans un film qui s’éloigne largement du conte pour embrasser une fresque médiévale-politique plus complexe sur le règne tourmenté du Roi Jean. Un traitement dans l’air du temps : l’époque n’est plus tout à fait aux récits binaires et aux justiciers sans reproche. 


Robin des bois
Robin des Bois (2010)

Dernier symptôme de cette prise de distance avec le conte de jadis : On l’appelait Robin des Bois de Michael Sarnoski. Car si Ridley Scott donnait un cadre historico-réaliste à la légende, Sarnoski lui, la piétine allègrement. Le jeune cinéaste, à qui l’on doit aussi le désillusionné Pig avec Nicolas Cage, s’attache à malmener tous les motifs phares de Robin des Bois. Le héros n’est plus un jeune homme souple et agile, mais un vieux briscard à la barbe grise et à la silhouette massive, interprété avec intensité par Hugh Jackman. Les bois touffus et profonds de Sherwood cèdent leur place à une lande grisâtre et hostile, balayée par les vents, où les affrontements se concluent dans la boue et le sang.


On l'appelait Robin des Bois
On l'appelait Robin des Bois © The Searchers

À ce titre, On l’appelait Robin des Bois rejoint surprenamment un autre (petit) film sorti récemment : L’Odyssée de Christopher Nolan. Au-delà de leur héros adepte de l’arc, les deux œuvres se distinguent par leur regard critique vis-à-vis du mythe qu’elles mettent en scène. Chez Nolan, le Cheval de Troie est un récit mensonger voué à perpétuer l’idée d’un triomphe glorieux et à légitimer ainsi de futures conquêtes, alors même que la ruse d’Ulysse a en réalité brisé l’ordre du monde et bafoué toutes les valeurs de son époque. Une idée similaire parcourt On l’appelait Robin des Bois : le personnage d’Hugh Jackman est un criminel crapuleux, qui a contribué à propager de faux récits héroïques pour mieux déguiser la cruauté de ses méfaits. Très différents dans leur forme, les deux films posent pourtant la même question essentielle : peut-on encore raconter les légendes en fermant les yeux sur leur part de manichéisme et de noirceur ? Peut-on encore chanter les louanges des soldats, des chevaliers et des conquérants, sans prendre en compte les innombrables cadavres qu’ils laissent dans leur sillage ? En racontant l’histoire de deux personnages qui tentent de dépasser les mensonges dans lesquels ils se sont eux-mêmes drapés, Nolan et Sarnoski nous invitent à discerner les humains derrière la légende.



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