Peter Hujar's Day, le portrait entier d'un artiste
- Adrien Corbeel

- il y a 1 heure
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Pour raconter la vie d'un artiste, les approches au cinéma se ressemblent souvent. Pour certains films, c'est du début à la fin qu'il convient de couvrir, quitte à ne conserver qu'un best of forcément réducteur. D'autres choisissent de s'attarder sur une période : quelques années, quelques mois, voire quelques semaines, pour saisir un passage particulièrement remarquable.

Peter Hujar's Day ne ressemble à aucun de ces films. D'abord parce qu'il se concentre sur une unique journée, mais aussi et surtout parce qu'on n'en verra rien: tout nous est raconté par le protagoniste, le photographe Peter Hujar, qui à la demande de son amie, la journaliste Linda Rosenkrantz, lui raconte en détail sa journée de la veille. Celle-ci a pour projet d'écrire un livre réunissant les témoignages de différents artistes – un projet qui n'aboutira jamais, et dont les enregistrements sonores seront perdus. Seule subsiste une retranscription de cette longue conversation, que le cinéaste américain Ira Sachs a choisi de porter à l'écran, sans en changer une ligne.

C'est un choix pour le moins étonnant, mais qui fait sens au fur et à mesure que le film progresse. Par ce biais, le film évoque une époque sans chercher à nous y plonger. L'appartement new-yorkais où toute l'action se déroule est a priori conforme à celui de l'artiste en 1974, tout comme les costumes, mais l'objectif n'est pas de nous donner l'illusion du passé, mais de l'évoquer, de manière forcément restreinte, et d'assumer ces limitations. Le geste de Sachs est troublant : tout en tendant vers une certaine authenticité, le cinéaste vient nous rappeler à l'artificialité du projet, notamment en brisant le quatrième mur, au travers de saisissantes plans des acteur·ices face-caméra.

C'est grâce à son superbe duo que le principe du film tient la route. Talentueuse actrice qu'on aimerait voir plus souvent sur le devant de la scène, Rebecca Hall livre une performance délicate, et pas évidente, car c'est principalement dans l'écoute que se place son personnage. Face à elle, Ben Whishaw s'approprie magnifiquement la parole de Peter Hujar, artiste queer et figure importante de la contre-culture new-yorkaise des années 70. Refusant les effets de jeux démonstratifs, il manie aussi bien le verbe du photographe, que ses silences.

Rien de ce qui est dit au cours de cette conversation ne paraît capital, mais l'anecdotique devient essentiel par le geste d'Ira Sachs, touchant à une certaine vérité auquel les biopics traditionnels n'ont pas accès. Ce n'est pas au travers de ses coups d'éclat qu'une personne se révèle, mais au travers de son quotidien.



