The Drama : Une comédie grinçante et transgressive
- Julien Del Percio

- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Robert Pattinson et Zendaya jouent de leur image dans cette comédie grinçante et transgressive.

Tout s’annonce pour le mieux entre Charlie et Emma. Depuis leur rencontre maladroite dans un café bobo de Manhattan, digne d’une mauvaise romcom, les deux tourtereaux vivent le parfait amour new-yorkais, naviguant entre les restos chics où l’on discute littérature, et les préparatifs de leur mariage, qui s’annonce aussi flamboyant que le discours que prépare Charlie. Leur relation est à l’image de leur appartement cosy où rien ne dépasse. Pourtant, alors qu’iels passent une soirée avec un couple d’ami·es, la discussion (fort alcoolisée) dévie lentement vers un sujet dangereux : quelle est la pire chose qu’iels ont jamais commise dans leur vie ?

Ici, il convient de s’arrêter. Car si l’intérêt de The Drama dépasse largement la révélation du fameux “drama”, il est préférable de ne rien connaître du sujet du film avant sa vision. Tout au plus pouvons-nous dire que la révélation va agir comme un électrochoc pour la bande d’ami·es, et en particulier pour l’intimité du couple. Ce n’est pas un hasard si la mise en scène insiste autant sur les derbies impeccablement vernies de Charlie et les vêtements casual chic d’Emma : le “drama” apparaît comme une tâche indélébile sur leur vie jusqu’ici immaculée. Une tâche qui va grossir, encore et encore, au fil de l’intrigue, jusqu’à engloutir la cérémonie de mariage en elle-même…Une tâche, qui peut être résumée à une interrogation centrale et universelle : à quel point connaît-on son ou sa partenaire ?

Derrière ce scénario aux rouages cruelles mais à l’efficacité redoutable, il y a Kristoffer Borgli, un cinéaste norvégien qui s’était déjà illustré dans la satire avec Sick of Myself et Dream Scenario. Dans The Drama, le cinéaste reprend peu ou prou la même formule : tricoter une collection de saynètes explorant la manière dont le quotidien est déréglé par une nouvelle donnée, entre malaise, non-dits et sous-entendus hilarants. Mais là où Sick of Myself tâtonnait pour trouver sa conclusion, et où Dream Scenario souffrait de son scénario dispersé, The Drama apparaît plus net, plus maîtrisé dans sa démarche.

Nul doute que le talent de Robert Pattinson et de Zendaya, deux stars à l’image glamour, n’y est pas étranger : Pattinson excelle dans ce rôle d’un amant dépassé qui enchaîne les mauvaises décisions, tandis que Zendaya offre une prestation plus ambiguë, presque insaisissable. Ensemble, iels forment un couple aussi crédible dans l’allégresse que dans la déchéance.
On pourrait se questionner face à un scénario si implacable, qui semble parfois s’amuser de la surenchère de méchanceté à l’égard de ses personnages. Heureusement, Kristoffer Borgli, sans doute soucieux de ne pas verser dans la misanthropie la plus totale, sait retenir les chevaux à l’approche de la ligne d’arrivée. Et The Drama, après un long crescendo de cynisme et d’humour noir, parvient à un autre miracle : raviver un espoir.
Avec Robert Pattinson, Zendaya, Alana Haim. États-Unis, 105 minutes.



