Critique de The Social Reckoning : Sorkin rate sa connexion
Pile seize ans après la sortie de The Social Network (2010), réalisé par David Fincher, sa suite spirituelle débarque sur nos écrans avec The Social Reckoning.
Toujours écrit par Aaron Sorkin, aussi à la réalisation, le récit délaisse la création pour se concentrer sur les conséquences démocratiques et sociétales des Facebook Files. Le moins que l’on puisse dire est que la comparaison avec l'œuvre de Fincher est douloureuse. Sur le papier, le film se cantonne à raconter la rencontre entre un journaliste d’investigation et la lanceuse d’alerte Frances Haugen et leur combat avec Mark Zuckerberg. Si la structure de la narration de Sorkin est très lisible, elle s'avère extrêmement didactique et terriblement prévisible. C'est d'autant plus dommage que le prologue, qui met concrètement en avant la dérive du réseau social, n’est finalement qu'un simple faire-valoir alors qu’il est sans doute le seul moment où le film sonne juste.

La mise en danger de la lanceuse d’alerte et la difficulté immense à publier de telles révélations ne se ressentent jamais. En plus de manquer d’un sentiment d’urgence (malgré le compte à rebours des 102 heures), la tension est constamment désamorcée par l’injection d'humour. N’est pas Adam McKay qui veut : Sorkin n’a pas le sens de l’ironie ou de l’humour noir du réalisateur de The Big Short, et ses tentatives de comédie ne fonctionnent pas.

Sur le plan formel, le retour de Jeff Cronenweth à la direction de la photographie permet de conserver une cohérence, et notamment la coloration froide, très technocratique du premier film. Pourtant, Sorkin délaisse les fulgurances visuelles de son prédécesseur, à tort, se noyant dans des propositions créatives décousues. Plus problématique encore, la musique composée par Alexandre Desplat sonne faux. Sa partition, très film de Noël, vient donner une patine réconfortante de films à la sauce Capra (cité dans le film), quand le résultat de cette autopsie numérique devrait au contraire nous faire peur ou nous insurger à la manière d'un Dark Waters.
Le remplacement de Jesse Eisenberg par Jeremy Strong illustre bien la mutation de Mark Zuckerberg en un capitaine d'industrie au discours idéologique destructeur. Mais l'acteur cabotine un peu trop sous les traits de ce milliardaire déconnecté du réel. Face à lui, le duo formé par la lanceuse d'alerte Frances Haugen (Mikey Madison) et le reporter du Wall Street Journal Jeff Horwitz (Jeremy Allen White) devrait apporter un visage humain à l'intrigue, mais il s’avère difficile de ressentir la moindre empathie pour eux. Un thriller raté qui aurait simplement dû nous donner envie de désinstaller notre app. Pouce rouge.





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