BIFFF : Saccharine, un film qui pèse sur l’estomac
- Camille Wernaers
- 10 avr.
- 2 min de lecture

7e jour du BIFFF, le festival international du film fantastique de Bruxelles, et autant de soirs que l’on se nourrit exclusivement de café et des pâtes au pesto du foodtruck en face, qui nous laissent aussi affamé que le bébé dans Nightborn… En parlant de faim insatiable, c’est également ce qui alimente les actions du fantôme dans Saccharine, écrit et réalisé par Natalie Erika James. Après un long métrage d’horreur psychologique très réussi, Relic (2020), et un préquel de Rosemary's Baby, Apartment 7A (2024), elle s’intéresse cette fois-ci au mythe du hungry ghost. Issus des traditions bouddhistes japonaise et chinoise, ces revenant·es, perpétuellement insatisfait·es, tentent d'assouvir leur soif de possession et leur faim en poursuivant inlassablement leur victime.
Et la victime de ce fantôme très tourmenté, c’est Hana (excellente Midori Francis, vue dans la série Grey’s Anatomy), une étudiante en médecine qui a tout pour être heureuse, excepté un détail, qui n’en est pas un : elle vit dans une société grossophobe et sexiste qui lui fait détester son corps et elle cherche à perdre du poids. Par tous les moyens. Quand elle apprend l’existence d’une pilule qui fait magiquement maigrir, elle décide de tester ce remède miracle, malgré le fait que les pilules soient composées de…cendres humaines. C’est là que les apparitions étranges commencent. Ces derniers temps, la recherche d’un corps meilleur a fait le renouveau du body horror : on pense évidemment à The Substance (2024) de Coralie Fargeat pour certains éléments de mise en scène, mais aussi à la série The Beauty de Ryan Murphy, sortie cette année, dans laquelle la quête de jeunesse et de beauté éternelle dérape quelque peu.

Si la saccharine est un édulcorant, utilisé pour remplacer le sucre, notamment lors de régime, le film de Natalie Erika James n’édulcore pas grand-chose, par exemple quand il s’agit de gros plans sur Hana en train de manger tout ce qui lui passe sous la main. Pour autant, il ne verse jamais complètement dans le gore et le fantôme qui poursuit Hana ne fait pas réellement peur. C’est pour un mieux : il ne serait pas cohérent de critiquer la grossophobie, tout en effrayant le public avec un fantôme de femme obèse, comme c’est le cas dans Saccharine. La seule scène dérangeante se trouve à la fin, et, si on tient jusque-là, c’est aussi parce que le film développe un sous-texte assez pertinent sur le lien entre les troubles du comportement alimentaire et les traumatismes du passé.
Avec Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden. 112 minutes. Australie.



