top of page

Cannes : Soudain, l'un des favoris de la compétition ?

Saviez-vous que le capitalisme pouvait être éradiqué par un massage des pieds ? C’est, en gros raccourci, l’une des idées qui traverse le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi. 


Virginie Efira et Tao Okamoto dans Soudain, de Ryusuke Hamaguchi.
© Festival de Cannes

Comme souvent chez le réalisateur japonais, il faut accepter un certain rythme : le film dure 3h16. Les trente premières minutes peinent à décoller. Il faut dire que l’intrigue s’ouvre dans un EHPAD, on a connu plus stimulant comme environnement. À la lisière d’un burn-out, Marie-Lou (Virginie Efira) dirige cet établissement. Elle tente d’y instaurer “l’humanitude, une méthode de soin qui replace l’humain au centre à travers trois piliers relationnels : le regard, la parole et le toucher. Mais son implication se heurte aux logiques de rentabilité des actionnaires et à la fatigue du personnel. Elle rencontre par hasard Mari (Tao Okamoto), une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer en phase terminale. Et là, c’est la fusion amicale, le film trouve enfin sa force. Naît entre les deux femmes une relation immédiate, faite de curiosité intellectuelle et d’intimité douce. Ces échanges bilingues français et japonais, qu’elles maitrisent toutes deux, constituent le centre émotionnel du récit.


Virginie Efira et Tao Okamoto dans Soudain, de Ryusuke Hamaguchi.
© Festival de Cannes

Inspiré d’un livre de correspondances réelles entre deux chercheuses - l’une philosophe, l’autre anthropologue - Soudain développe une réflexion sur le soin, le corps et les limites d’un système capitaliste fondé sur le “ici et maintenant”. Comme un manuel pratique néomarxiste, le film captive par la force de ses dialogues. Autour de ces puissantes scènes, certaines séquences à l’hôpital ou au théâtre paraissent moins nécessaires. Le cinéaste frôle parfois la mièvrerie, mais reste profondément attachant dans sa manière de filmer le rapport au corps, notamment chez les personnages âgés.


En remettant le toucher au centre - jusqu’à ces séances de massage des pieds comme geste politique - Ryūsuke Hamaguchi signe une œuvre sensible sur la fatigue contemporaine et le rapport à la mort. Dur de résister à l’émotion. Dans le Grand Théâtre Lumière du festival de Cannes, lors de la première, beaucoup de larmes ont coulé.


Avec Virginie Efira, Tao Okamoto. France, Japon. 196 minutes.


bottom of page