Le Réveil de la Momie : Vraie terreur ou nanar de l’année ?
- Julien Del Percio

- il y a 2 heures
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Les momies ont la cote en ce moment. En tout cas, c’est ce qu’Hollywood semble croire : alors qu’un quatrième opus de la saga d’aventure La Momie avec Brendan Fraser et Rachel Weisz vient d’être mis en chantier du côté d’Universal, voilà que Warner Bros et New Line Cinema sortent Le Réveil de la Momie, nouvelle variation horrifique autour de la créature recouverte de bandelettes.
Pour ressusciter (et rendre effrayant) un monstre aussi kitsch et désuet qu’une momie, les studios ont fait confiance au cinéaste Lee Cronin, honnête artisan responsable du vicieux Evil Dead Rise, sorti il y a trois ans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa nouvelle version divise la presse étasunienne, certain·es y voyant le film d’horreur de l’année, tandis que d’autres crient tout simplement au nanar. Comme souvent, la vérité se trouve quelque part au milieu…mais peut-être un peu plus proche du nanar.
La première partie du Réveil de la Momie fait en tout cas très peur, mais pas pour les bonnes raisons. Dès cette double introduction, soit deux longs prologues horrifiques successifs plutôt superflus à l’intrigue, la mécanique narrative paraît grippée. L’histoire est pourtant simple : une famille étasunienne assiste impuissant à l’enlèvement de leur fille au Caire ; huit ans plus tard, celle-ci est retrouvée dans un étrange sarcophage, plongée dans un état proche de la catatonie. Mais à l’écran, ce synopsis limpide tourne au chaos. Lee Cronin multiplie les personnages, les allers-retours géographiques, les détours horrifiques et les ellipses, retardant de manière incompréhensible le (vrai) début des hostilités. D’où une durée déraisonnable de 2H17 - une éternité pour un film d’horreur grand public - conséquence évidente d’un manque de rigueur narrative. Et malheureusement, ni l’intrigue (sans grande surprise) ni les personnages (stéréotypés), ne tirent vraiment profit de cette longueur.

Des manquements de scénario sur lesquels on pourrait fermer les yeux si le film tenait ses promesses en matière de frayeurs. Hélas, malgré la mythologie potentiellement excitante liée à l’Égypte antique, Le Réveil de la Momie retombe très vite dans une avalanche d’automatismes de l’horreur contemporaine : la fillette possédée - enfin, momifiée - se contorsionne, flotte dans les airs, hurle, insulte et vomit, à l’image de bon nombre d’autres enfants démoniaques avant elle, comme si le cinéma d’horreur n’avait rien inventé depuis L’Exorciste. Le fond est atteint lors de ses tentatives de punchline - “Ne t’inquiète pas grand-mère, c’est cool d’être morte”- pitoyable réplique qui semble avoir été uniquement placée là pour ponctuer la bande-annonce.

C’est d’autant plus dommage que Lee Cronin est capable du meilleur, comme le prouvent quelques petites fulgurances, égarées çà et là au fil de son scénario faiblard. Il suffit d’une scène où la mère tente de couper les ongles de la jeune fille pour retrouver tout le sens du malaise et de la viscéralité qui émanait d’Evil Dead Rise. De la même manière, si la surenchère de grand-guignol finit par lasser, la surenchère cruelle de certaines séquences amuse, à l’image des funérailles de la grand-mère, qui bascule dans un festival de n’importe quoi poisseux, jubilatoire et transgressif. À l’arrivée, il faut hélas reconnaître que le négatif l’emporte : trop gourmand, trop maladroit, trop prévisible, Le Réveil de la Momie s’enfonce dans ses excès, et n’en retire qu’une poignée de frissons crapoteux.
Avec Laia Costa, Jack Reynor, May Calamawy, Shylo Molina. 134 minutes. États-Unis.



