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Luna Wedler pour Silent Friend : “Lorsque je choisis un nouveau rôle, je n’aime pas être dans ma zone de confort.”

Alors que Silent Friend s'apprête à sortir en salle, nous avons pu rencontrer Luna Wedler, l’actrice qui incarne le personnage de Grete. Originaire de Zurich, elle a remporté le prix Marcello-Mastroianni de la meilleure interprétation par un jeune talent à la Mostra de Venise en 2025. Une occasion de revenir sur son parcours, sa vision et ses expériences de tournage.


Luna Wedler dans Silent Friend
Silent Friend © September Film

Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours et de ce qui vous a motivé à devenir actrice ?


J’ai obtenu mon premier rôle à 15 ans lors d’un casting ouvert à Zurich pour le film Amateur teens de Niklaus Hilber. J’avais postulé “juste comme ça” donc j’ai été très surprise qu’on m’ait sélectionnée. À partir de ce moment-là, je me suis découvert une passion insoupçonnée pour le jeu d’acteur. Je pense que le cinéma est une forme d'art essentielle car il construit de l'empathie, permet de connecter des cultures et a le pouvoir de rassembler les gens autour de bonnes discussions. Sans ce médium, il manquerait quelque chose de fondamental je trouve.


Cette affinité avec le métier vous a donc conduite à travailler avec la réalisatrice Ildikó Enyedi. Comment avez-vous fait sa connaissance ?


J'ai rencontré Ildikó il y a six ans et j'ai eu la chance de participer dans son film The Story of My Wife, qui fut notre première collaboration. Quelques années plus tard, elle m'a envoyé un e-mail pour me proposer d'incarner Grete dans Silent Friend. Quand Ildikó vous demande de travailler avec elle, la réponse est évidente : on accepte parce qu’elle est tout simplement incroyable. C'est ainsi que tout a commencé. 


Tony Leung Chiu-wai dans Silent Friend
Silent Friend © September Film

Le film suit trois histoires situées à des époques différentes : 1908, 1972 et 2020. Pouvez-vous nous parler du processus de tournage ?


Je me souviens que tout n’a pas été filmé de manière chronologique. Les différentes périodes ont été tournées en alternance plutôt que par blocs entiers car il fallait toujours s’adapter à la disponibilité des lieux et des acteurs. Toute l'équipe devait établir un planning pour préparer le film. Nous avons commencé le tournage dans une université à Marbourg puis nous sommes partis quelques jours à Budapest, là où se trouve le ginkgo du jardin botanique. C’est honnêtement l'un des plus beaux tournages que j'aie jamais vécus. 


Avec des histoires si distinctes, vous n'avez pas eu de scènes communes avec les deux autres acteurs principaux, Tony Leung Chiu-wai et Enzo Brumm. Avez-vous eu l'occasion de les rencontrer ?


Pas vraiment, si ce n'est que j'ai vu Enzo quelques fois car il a passé quelques jours à Budapest. Pour Tony, je ne l'ai rencontré qu'après le tournage, il y a un an, lors de la première du film. Il n'a pas pu venir à Venise mais nous avons ensuite fait une petite tournée en Allemagne et en Suisse. C'est une personne merveilleuse et calme, avec une certaine aura. J’ai beaucoup de respect pour lui.


Luna Wedler dans Silent Friend
Silent Friend © September Film

Jouer Grete, une jeune femme en 1908, devait représenter un défi particulier. Avez-vous rencontré des difficultés spécifiques pour ce personnage ?


Lorsque je choisis un nouveau rôle, je n’aime pas être dans ma zone de confort. Je pense que l'une des plus belles choses de ce métier est le processus d'apprentissage. Pour Grete, le premier défi a été la période : elle vit à une époque totalement différente de la mienne. C'était à la fois beau et effrayant de voir à quel point nous étions similaires, alors qu'elle devait grandir dans un monde patriarcal encore plus dur que le nôtre. Bien que nous soyons toujours dans ce système, nous pouvons facilement nous identifier à elle en tant que jeunes femmes. Le challenge a donc été de plonger dans cette période, car il n'y a pas beaucoup d’archives vidéos de l'époque. J'ai donc lu beaucoup de livres écrits par des femmes, regardé des photos d’archives et eu de longues discussions avec Ildikó. J’ai vraiment beaucoup aimé travailler avec elle. C’est une réalisatrice pointilleuse et stricte, mais pas de manière négative. Elle m’a accompagnée de la meilleure des façons, ce qui m’a bien préparé pour le tournage. Je garde un très bon souvenir de cette expérience avec elle et toute l’équipe. 


La scène d'introduction de Grete est en effet très marquante : un entretien pour intégrer une école où des hommes la jugent et font tout pour la déstabiliser. Comment l’avez-vous abordé et si vous aviez été à sa place, quelle aurait été votre réaction ?


Si j'avais été à sa place ? Je veux dire, j'étais elle (rires). En fait, c'était pendant mon premier jour de tournage. Dans le film, la scène dure huit minutes, mais en réalité, c'était beaucoup plus long. Nous avons d’abord tout tourné de mon côté puis, on a changé de point de vue. Donc ça a vraiment pris un peu plus de 12 minutes. Ces hommes avaient vraiment l’intention de la briser. En lisant la scène, je me suis dit : “Ok, je vais la prendre par la main et on va s’en sortir ensemble.” J'aime la façon dont elle paraît très forte et courageuse alors que c'est vraiment difficile pour elle. Elle doit refouler ses émotions et en même temps, ne pas les laisser prendre le dessus. Ce que j'aime beaucoup aussi, c'est qu'on voit à quel point elle est passionnée par son sujet. Elle a ce petit côté “nerd” qui la rend attachante. Je savais que ce serait une scène difficile à jouer, mais j’espère en tout cas avoir bien relevé le défi.


Tony Leung Chiu-wai et le gingko dans Silent Friend
Silent Friend © September Film

Le film accorde une grande importance aux plantes. A-t-il changé votre façon de les percevoir ?


Ce film a totalement changé ma perspective. En lisant le scénario, j’ai compris, et j'espère que le public le verra aussi, que la connexion est le cœur de l'histoire. Nous ne sommes pas les premiers sur Terre, mais simplement des visiteurs. Maintenant, il s’agit de notre maison commune et nous sommes en train de la détruire malheureusement. J’ai toujours aimé la nature mais maintenant, je me surprends à aimer leur parler et les sentir. J’ai l’impression qu’elles m’observent aussi mais d'une manière bienveillante. Ce film nous rappelle que nous sommes tous connectés et que nous avons besoin les uns des autres. Nous devons respecter la nature, surtout face au changement climatique et à tout ce qui se passe dans le monde. Honnêtement, cela a été pour moi une véritable prise de conscience. 


Pour finir, avez-vous des conseils pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans une carrière d’acteur ?


Je parle pour la Suisse car je ne sais pas comment c'est ailleurs, mais, même aujourd'hui, lorsque les gens apprennent que vous êtes dans le milieu de l’art ou du cinéma, ils ne vous prennent pas au sérieux. Parfois, il est simplement difficile de se lancer car la société fait tout pour vous en dissuader. Alors, continuez. Cherchez des castings, envoyez vos self-tapes [vidéos qu’on envoie pour les castings] et écrivez aux agences si vous voulez devenir acteur·ice. Et s’il y a une chose que j’ai apprise de Grete, c’est qu’elle est extrêmement curieuse. Je pense qu’il est important que nous le restions tous.



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