Spider-Man : Brand New Day : Le début d’une nouvelle ère ?
- Julien Del Percio
- il y a 13 minutes
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Si l’animation a prouvé, avec les deux Spider-Verse, qu’il y avait encore des choses à raconter avec l’homme-araignée, les dernières incarnations de Tom Holland avaient plutôt des allures d’impasse. Surtout No Way Home, sorti en 2021, méga-succès au box-office mondial mais production cynique, boursouflée, techniquement indigente, qui exploitait le Multivers pour mieux se repaître de la nostalgie du public. Un pur produit de notre époque, entièrement tourné vers le passé et indésireux de bâtir de nouvelles choses.
Pour autant, tout n’était pas perdu. À la fin de No Way Home, Spider-Man optait pour un choix audacieux : le monde allait oublier l’existence de Peter Parker, afin qu’aucun proche ne souffre plus jamais de ses actions. De quoi remettre les pendules à zéro, et laisser espérer une nouvelle version du personnage un peu grandie et capable de vivre par elle-même, sans renvoyer systématiquement aux anciennes itérations ou aux autres Marvel. Et c’est précisément ce que parvient à faire Brand New Day, qui porte bien son nom.

L’on retrouve ainsi un Peter Parker esseulé, abimé, encore violemment affecté par la mort de tante May, dont il se sent responsable. L’insouciance juvénile et rieuse de Homecoming paraît très loin. Sans l’amour de Mary Jane et l’amitié de Ned, Peter n’est plus que Spider-Man, un super-héros qui noie sa douleur dans son appétit de justice et refoule ses émotions fortes…quitte à ce qu’elles resurgissent de manière inattendue. Victime d’une étrange mutation de son ADN, Peter perd en effet peu à peu le contrôle de ses pouvoirs, comme si une colère enfouie s’emparait de son être. Un défi qui va l’obliger à affronter ses démons intérieurs, et à faire enfin corps avec lui-même.

Cette quête intime et émotionnelle est la belle réussite de Brand New Day, qui a d’ailleurs d’autres atouts dans sa manche. Loin de la cascade ininterrompue d’action qui structure souvent les blockbusters super-héroïques, le long-métrage prend le temps de poser son intrigue et de faire vivre ses personnages. La lutte interne contre le deuil, les semi-retrouvailles avec MJ et Ned, la relation fraternelle/paternelle avec le Punisher, sont autant de sous-intrigues réussies, qui apportent une vitalité sincère au long-métrage. Le jeu de Tom Holland lui-même semble avoir gagné en densité, et l’acteur livre sans aucun doute son interprétation la plus nuancée et attachante du personnage jusqu’à maintenant. Dans ses meilleurs moments, Brand New Day renoue avec cet équilibre miraculeux entre spleen adolescent et responsabilités super-héroïques qui a toujours fait la singularité de Spider-man.

Certes, tout n’est pas parfait dans ce nouvel opus. Il y a un cœur qui bat sous la machine hollywoodienne, mais il est parfois bien caché par l’armature en métal. Brand New Day souffre ainsi des éternels tares du MCU, avec une colorimétrie assez terne, des incohérences d’écriture et des scènes d’action sous-exploitées - même si, là aussi, Destin Daniel Cretton réalise un travail plus convaincant que Jon Watts. Surtout, le film souffre d’une intrigue principale assez faiblarde autour de Sadie Sink, qui revisite pauvrement des enjeux maintes fois explorés dans le cinéma super-héroïque - peur de la différence et laboratoire secret sont au programme. Là, Brand New Day saute à pieds joints dans les clichés du genre, à l’exception peut-être d’une scène d’action finale qui esquive l’habituel ballet de destruction massive.
Pour savourer pleinement ce dernier opus, il faudra ainsi faire fi de son cahier des charges, parfois encombrant. Ce qui n’empêche pas Brand New Day, entre deux scènes un peu génériques, de nous convaincre qu’il y a bel et bien encore des choses à raconter avec Spider-Man. Et voilà qu’on attendrait presque la suite…
