Supergirl : Une superproduction décevante et ennuyeuse
- Stanislas Ide

- 29 juin
- 2 min de lecture
Une actrice de choix et quelques vannes bien senties ne suffisent pas à sauver cette énième tentative hollywoodienne de justifier l’omniprésence des superhéros sur les écrans.
Décollage… avorté ! Profitant de la perte de vitesse des films Marvel, la concurrence du studio DC avait marqué des points en engageant James Gunn, le réalisateur des sympathiques Gardiens de la Galaxie, pour renouveler le déploiement chaotique de Batman et ses copains sur le grand écran, conclu dans la douleur avec les pénibles Black Adam et The Flash. L’espoir était permis avec Superman, réalisé par Gunn lui-même, qui à défaut d’être visuellement marquant avait le mérite de nous émouvoir en rendant à Superman ce qui fait sa force : sa candeur et son alchimie avec Lois Lane. On se serait bien arrêtés là mais la loi d’Hollywood est sans appel, il faut que ça tourne.

Place donc à la cousine de Clark Kent, alias Supergirl ! Une âme plus torturée et chaotique puisque, contrairement à l’homme d’acier, Kara Zor-El (c’est son nom sur Krypton) n’a pas connu une enfance paisible dans une ferme au fin fond du Kansas. La destruction de sa planète, elle l’a vécue en direct, tout comme la lente agonie de ses parents. Et quand elle arrive sur Terre, ses souvenirs sont intacts, bien disposés à entretenir son trauma.
Tous les ingrédients sont là pour mettre en avant un personnage-type novateur dans les années 2010, mais plus trop aujourd’hui : la “Messy Millennial Woman”. Identifié par la journaliste Rachel Aroesti pour le Guardian en 2022, l’archétype de la MMW séduit par son charisme et son irrévérence, mais foire sa vie intime en cédant à l’autodestruction. Pensez à Fleabag ou à Julie en douze chapitres pour vous faire un dessin. Supergirl boit donc pour oublier, lève son majeur devant ses adversaires en plein combat, et pisse la porte ouverte. Ça a le mérite d’étonner.

Alors oui, c’est drôle. C’est même très bien joué. Connue pour ses apparitions remarquées dans les séries House of Dragons et Sirens, Milly Alcock est de loin l’atout majeur du film. Mais la joyeuse insolence d’une superhéroïne en gueule de bois ne suffit pas à maquiller les casseroles d’un film peinant à justifier son existence. Les personnages secondaires sont plus tièdes les uns que les autres, en particulier Matthias Schoenaerts dans le rôle de Krem le Brigand, un antagoniste plus vulgaire qu’amusant.
Pire, le scénario s’empare du sujet de la culture du viol pour motiver son héroïne…et finit par ne pas le traiter. Aux commandes, le réalisateur Craig Gillespie déçoit. Loin de la dramaturgie piquante de I, Tonya, ou de la direction artistique réjouissante de Cruella, il signe un film laid et ennuyeux. De quoi donner envie d’enterrer les super-héros une bonne fois pour toutes.



