top of page

Cannes : Sheep in the box, Kore-eda aborde l'IA avec douceur

Pour son huitième long-métrage présenté en Compétition, Hirokazu Kore-eda, déjà lauréat de la Palme d'or en 2018 pour le sublime Une affaire de famille, revient avec Sheep in the Box, un conte utopique sur le deuil et le besoin d'émancipation dans la lignée de son oeuvre humaniste ; en moins percutant qu'espéré. 


Sheep in the box, de Hirokazu Kore-eda
© Festival de Cannes

Dans un futur proche, nous annonce-t-on d'emblée, Otone (Haruka Ayase) et Kensuke Komoto (Daigo) cohabitent au milieu du vide laissé par la mort de Kakeru (Rimu Kuwaki), leur fils de sept ans. Lorsque ReBirth, une société d'intelligence artificielle, leur propose d'accueillir un robot humanoïde, version conforme de Kakeru, pour le remplacer, le père, d'abord réticent, se laisse ensuite convaincre par l'enthousiasme de sa femme. Chez Hirokazu Kore-eda, l'irruption science-fictionnelle de cette anomalie éthique, qui consiste à recréer un être vivant en lui implantant les souvenirs du défunt, ne suscite ni vertige, ni trouble. D'aucuns le lui reprocheront, mais ce n'est pas ce qui anime la démarche du cinéaste en quête d'équilibre parmi des matériaux composites. 


Sheep in the box, de Hirokazu Kore-eda
© Festival de Cannes

Dans cette famille recomposée, grand thème de Kore-eda, le père travaille le bois ; la mère architecte, cherche l'harmonie -  présente dans la photographie inondée de bleu de Ryuto Kondo - entre le bois et le verre, et le fils, agrégat de métal et de silicone, s'adapte à son environnement. D'abord, via l'intermédiaire du jardin domestique et de sa végétation et puis, à large échelle, dans la forêt. La maison, en formes géométriques constituées de bois et de vitres, avec sa cour d'arbres, représente déjà ce lieu d'intersection et d'assemblage. Le bleu, le jaune, le brun et le vert des décors, des objets et des costumes viennent ainsi renforcer le dialogue et la tentative des personnages de se connecter les uns aux autres. 


A la rationalité du père, qui voit initialement en Kakeru l'équivalent d'un Tamagotchi ou d'un aspirateur avant de s'y attacher, la mère lui rétorque qu'il croit bien que les arbres ont une âme. Et, c'est dans cette voie que Sheep in the Box explore moins ce que l'artificiel ne peut suppléer à l'humain que la capacité humaine à façonner les éléments de la nature pour les modeler et organiser le chaos de l'existence. Pour les Komoto et Kakeru, il s'agit alors de transmettre ces savoir-faire pratiques à une intelligence plus extraordinaire qu'artificielle pour se libérer (de la culpabilité) et avancer, à mesure que Kakeru s'émancipe. Une certaine conception de faire famille. 


Sheep in the box, de Hirokazu Kore-eda
© Festival de Cannes

Avec sa référence directe - dès le titre - au Petit Prince et ses renvois dans le récit, Sheep in the Box distille des interrogations philosophiques, souvent proches de la fable, sur ce que la parentalité implique comme projection, et sur notre place sur Terre. En creux, Hirokazu Kore-eda se demande ce que l'on fait de ce que l'on (pro)-crée quand cela ne correspond pas à nos attentes, et comment un élément à la fois étranger au monde et si familier peut influencer notre regard - et réciproquement. Que la planète produise assez de matière(s) et d'énergie sans en questionner l'épuisement inévitable sous couvert de la science-fiction produit un angle mort déstabilisant. En outre, l'intrigue des enfants-robots délaissés méritait aussi d'être creusée pour déployer son intensité latente ; mais peut-être faut-il pour cela la raccorder mentalement à A.I. Artificial Intelligence (2001) dont l'ombre plane sur Sheep in the Box. Steven Spielberg et Hirokazu Kore-eda partagent des sensibilités, mais cette fois, le maître japonais a privilégié la douceur et l'apaisement à tout prix. C'est un choix qui oblitère la cruauté et un champ de réflexion politique et émotionnel, sans toutefois être incompatible avec le geste d'un artiste qui tient tant à réparer les âmes errantes et les cœurs aussi bien battants que mécaniques.


Avec Daïgo, Haruka Ayase, Kayo Noro. Japon. 126 minutes.

bottom of page