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Cannes : Rencontre avec Kore-eda, le cinéaste derrière Sheep in the box

Et si les morts pouvaient nous revenir sous forme d'humanoïdes construits par intelligence artificielle ? Derrière le filtre de l'anticipation, Hirokazu Kore-eda poursuit dans Sheep in the box une réflexion sur la filiation traversant déjà nombre de ses films (Tel père, tel fils, Une affaire de famille). 


Haruka Ayase et Daigo Yamamoto dans Sheep in the box.
Sheep in the box © Festival de Cannes

Le titre Sheep In The Box évoque Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupery. Aviez-vous ce livre à l'esprit dès le départ ?


Le titre n'est arrivé qu'à mi-chemin en écrivant l'histoire. Je voulais que la mère du film lise une histoire au petit humanoïde qu'elle et son mari accueillent chez eux, après l'avoir fait concevoir à partir des souvenirs de leur enfant décédé. Il fallait que livre contienne des notions simples que l'humanoïde ne serait pas à même de comprendre, par manque d'imagination. Je me suis souvenu du livre de Saint-Exupery et de son passage sur le mouton dans une boîte, que le Petit Prince parvient justement à se représenter. J'ai pensé que ça ferait une bonne scène de voir l'humanoïde buter sur cette idée. Le titre et les autres évocations du livre dans le films sont parties de là.


Rimu Kuwaki dans Sheep in the box.
Sheep in the box © Festival de Cannes

Le personnage de la mère confie à sa sœur qu'elle n'était pas faite pour être mère. La parentalité serait-elle programmée en nous ?


Cette femme estime que sa relation avec sa propre mère n'était pas assez nourrissante, que ça l'a affectée jusque dans sa relation avec son fils avant sa mort. C'est pour cela qu'elle dit qu'elle n'était pas adaptée pour être mère. Si j'y réfléchis, j'ai l'impression d'avoir touché à ce nerf-là dans Tel père, tel fils. Avec cette idée qu'on ne façonne pas son rôle de parent mais qu'on nous laisse le devenir. C'est d’ailleurs ce qui m'est arrivé. Cela fait vingt ans que j'apprends à devenir père et, sans que je ne le réalise, ma fille est devenue adulte. 


Haruka Ayase, Daigo Yamamoto et Rimu Kuwaki dans Sheep in the box.
Sheep in the box © Festival de Cannes

Contrairement à la majorité des fictions actuelles, vous ne présentez pas l'IA comme une menace pour l'humanité. Était-ce un choix conscient ?


Je comprends évidemment que l'industrie du cinéma l'envisage comme une menace, mais je ne crois pas que ce soit très réaliste d'imaginer un futur où l'IA tente de contrôler l'humanité. Je pense que si l'IA continue à progresser, elle se mettra sans doute à créer des connexions entre ses différentes incarnations pour créer une société parallèle. Par contre, je me demande si ces entités voudront avoir quoi que ce soit à faire avec nous, avec nos contradictions ennuyeuses ou notre immaturité. Franchement, elles s'en sortiraient probablement mieux sans nous tenir en compte. Cela dit, le point de départ du film, c'est la lecture d'un article sur une boîte en Chine qui utilise l'IA pour ressusciter les morts. Je suis allé à Pékin pour rencontrer le fondateur, un jeune homme dans la vingtaine. Il m'a montré comment utiliser des photos et des enregistrements audio d'une personne défunte pour parvenir à tenir une conversation avec eux. C'est génératif en plus, il est donc possible d'avoir de nouvelles conversations orientées vers le futur, sans se contenter de répéter celles du passé. Ça m'a fasciné. J'ai senti la menace mais je me suis aussi dit que beaucoup de gens seraient ravis de l'utiliser. Aujourd'hui, ces conversations ont lieu sur un téléphone mais, avec les progrès actuels en robotique, on pourra sans doute recréer un parent décédé et l'installer dans notre salon d'ici dix ans.


Avec Haruka Ayase, Daigo Yamamoto, Rimu Kuwaki. Japon, 126 minutes.


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