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Critique : Corsage de Marie Kreutzer

Le doigt d'honneur de l'impératrice


© Felix Vratny

Le choix du titre est d’abord à prendre au sens propre. Dès les premières images, on voit les fils et les nœuds du corsage, tirés par ses dames de compagnie, se refermer sur la taille de celle qu’on surnommait Sissi. Impératrice réputée pour sa beauté et sa minceur légendaires, Élisabeth d’Autriche a été popularisée au cinéma par Romy Schneider, dans les fameux trois films d’Ernst Marischka entre 1955 et 1957. Là où cette saga se concentrait sur ses jeunes années, le film de Marie Kreutzer débute en 1877, alors que Sissi a 40 ans. Après un mariage qui a donné quatre enfants, et des décennies à être scrutée, jugée et figée dans des portraits, Élisabeth d’Autriche vit désormais de plus en plus en retrait.


De ses escapades à cheval en passant par son régime alimentaire ou sa célèbre coiffure, le scénario est sur le fil de la tension entre les attentes liées à son rôle public et ses désirs privés de relâchement et de liberté. Le choix du titre apparaît ainsi également dans son sens figuré, symbole d’un étouffement permanent. Un enfermement mental comme physique, lié aussi au genre de Sissi, inscrivant celle-ci dans une longue lignée de femmes célèbres à l’existence abondamment jugée et commentée. On pense à Marie-Antoinette de Sofia Coppola, ou au récent Spencer de Pablo Larraín, où Kristen Stewart campait une Lady Di sans corsage mais tout aussi enserrée.


La mise en scène, en écho avec la narration, s’affranchit elle aussi joyeusement des conventions. Le maquillage est discret, la lumière est naturelle, souvent tamisée. Le récit est attaché aux faits mais s’autorise des libertés, des anachronismes plus ou moins subtils, des ralentis soignés et des mélodies contemporaines. La modernité s’invite ainsi subtilement dans ce portrait au passé, porté avec grâce et impétuosité par une Vicky Krieps… forcément impériale : « Le carcan dans lequel était enfermé mon personnage me bouleversait, j’ai essayé par mon jeu de lui rendre un peu de liberté.»

RÉALISÉ PAR : MARIE KREUTZER

AVEC : VICKY KRIEPS, FLORIAN TEICHTMEISTER, COLIN MORGAN ET FINNEGAN OLDFIELD

PAYS : AUTRICHE / LUXEMBOURG / ALLEMAGNE / FRANCE

DURÉE : 113 MINUTES

SORTIE : LE 21 DÉCEMBRE



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