Sukkwan Island : Une adaptation peu convaincante au nom du père, du fils et de la survie
- Léopold Vézard
- il y a 6 heures
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Adapter un roman à l’écran est toujours périlleux, plus encore lorsqu’il a profondément marqué ses lecteur·ices. Voilà sans doute ce qui a poussé le réalisateur Vladimir de Fontenay à envisager Sukkwan Island, inspiré du livre éponyme de David Vann, comme plus qu’une simple adaptation. Une intention louable en théorie, mais en pratique ?
Ceux qui ont apprécié l'œuvre originale ne seront pas en terre inconnue. Sukkwan Island retrace l’histoire de Tom et Roy, père et fils, coincés ensemble sur une île perdue du Grand Nord. Une situation difficile, mais voulue, au moins par le géniteur qui espère renouer avec cet enfant en le conviant sur l’un des milliers de bout de terre qui parsèment la côte norvégienne. Rien de mieux pour recréer le lien filial que de survivre à un hiver polaire.

Racontés à travers les souvenirs de Roy, les débuts sont presque euphoriques, mis en scène comme un film de vacances entre découvertes bucoliques et baignades en musique. La photographie accompagne cette sensation, jouant des couleurs vibrantes et de la lumière naturelle d’un soleil de minuit pour nous plonger dans le grandiose des paysages norvégiens. Le premier acte réchauffe, mais comme le fusil accroché au mur, il ne laisse que présager la suite.
Film en milieu hostile oblige, rien ne se passe comme prévu, et les deux protagonistes sont rapidement rattrapés par l’hiver qui se profile. La survie n’est plus un jeu, si ce n’est celui où on mise sa peau dans la sueur et le sang. Une belle promesse finalement peu exploitée par le film, éclipsée par le vrai danger paternel.

Swann Arlaud est convaincant dans ce rôle de père divorcé qui cherche désespérément à se prouver qu’il n’est pas faible, répercutant sur son fils tout ce qu’une masculinité toxique peut faire de pire. Quant au jeune acteur britannique Woody Norman, il interprète avec justesse l’amour et la crainte ressentie par l’adolescent à l’égard de ce géniteur convaincu qu’il peut tout réparer, tout contrôler y compris son propre fils.
Pour autant, leurs performances peinent à nous emporter, peu aidées par des dialogues trop prévisibles et une caractérisation trop superficielle. Tom coche toutes les cases du patriarche séparé, d'une façon si caricaturale qu'elle devient presque comique.

Mais le vrai problème du film réside dans son dispositif narratif. En nous plaçant d’emblée du point de vue d’un Roy adulte, il émousse la tension au fil du récit, siphonnant notre intérêt pour son intrigue. Ce qui est censé être le grand retournement de situation en ressort dépouillé de tout impact dramatique, nous laissant bouche bée pour de mauvaises raisons, avant de conclure en ficelant à la hâte une justification à l’aide de quelques panneaux explicatifs.
On ressort frustré de Sukkwan Island, d’autant plus que tout était réuni pour réussir. On ne peut pas reprocher à Vladimir de Fontenay d’avoir voulu faire plus qu’une adaptation à la ligne. Mais en essayant de raconter à la fois l’histoire de Tom, Roy et David Vann, on ne peut pas prétendre qu’il y soit parvenu.



