A Sad and Beautiful World : Le nouveau film du Libanais Cyril Aris ou comment s’aimer sous les bombes ?
- Léa Dornier
- il y a 8 heures
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Une histoire d’amour qui traverse trois décennies à Beyrouth, une ville qui ne connaît jamais le repos.
Comment continuer à s’aimer quand le monde s'effondre ? Cyril Aris transforme cette question en matière de cinéma. Remarqué pour ses documentaires (Danser sur un volcan, El-Marjuhah), le cinéaste libanais se frotte pour la première fois à la fiction avec A Sad and Beautiful World, mais reste profondément ancré dans son travail du réel. Il apporte un regard attentif aux visages, aux lieux, et aux blessures d’un pays qui continue d’être frappé par la guerre. Son œuvre résonne encore amèrement avec l’actualité.

Nino et Yasmina naissent le même jour, dans le même hôpital de Beyrouth, sous le fracas des bombes. Le film les suit par fragments, au fil de retrouvailles disséminées sur trois décennies. L’intrigue de leur relation ressemble presque à celle d’un conte, mais s’ancre dans une réalité plus rugueuse. Comment grandir quand les bombes rythment l’enfance ? Comment imaginer son avenir dans un pays qui n’en a pas ? Interprété par Hasan Akil et Mounia Akl, le duo hypnotise. À travers leur trajectoire entremêlée se dessine une histoire d’amour fragile, secouée par les tumultes de leur époque. L’évolution du couple semble répondre aux soubresauts d’un pays qui peine à se reconstruire.
Le réalisateur privilégie une narration par ellipses. Les années passent, les corps changent, les regards aussi. Grâce à cette structure fragmentée, l’amour n’apparaît jamais comme une évidence mais comme une tentative, toujours recommencée, de rester ensemble malgré les fissures. “Le monde nous pousse à passer notre vie avec la mauvaise personne, pourquoi serais-je une exception ?”, se demande Yasmina.

Visuellement, le film épouse la respiration de Beyrouth. La caméra capte la lumière de la ville, ses rues vibrantes, mais aussi ses cicatrices. Mêlant habilement scènes de fiction et images d’archives, Cyril Aris brouille parfois la frontière entre mémoire collective et récit intime. Ce geste esthétique rappelle combien l’histoire personnelle des personnages est indissociable de celle du pays. Le passé ne cesse de s’inviter dans le présent.
Malgré la violence du contexte - guerres, crises politiques, effondrement économique - montrée avec réalisme, le cinéaste garde toujours une lueur d’espoir. Son regard reste délicat. Les silences comptent autant que les déclarations, les gestes minuscules disent parfois plus que les grands discours.

Cette retenue donne au film une tonalité singulière, pleine d’une mélancolie lumineuse. Le monde peut vaciller, les villes peuvent tomber en ruine, mais quelque chose persiste dans la manière dont les êtres continuent à se chercher et à s’aimer.
Et avec ce titre emprunté à la scène d’ouverture de Down by Law de Jim Jarmusch - A sad and beautiful world - tout est peut-être déjà dit. Un monde à la fois triste et merveilleux, où l’amour tente, malgré tout, de survivre.



