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Disclosure Day : Retour en grâce pour Spielberg

Trois ans après The Fabelmans, Steven Spielberg revient enfin dans les salles avec Disclosure Day, qui renoue avec la veine merveilleuse et science-fictionnelle du cinéaste.



Il y a près de vingt ans, Steven Spielberg marquait une rupture radicale dans sa représentation de l’extra-terrestre. Imprégné de l’atmosphère paranoïaque et belliqueuse des États-Unis post-11 septembre, celui qui les voyait autrefois comme tisseurs de liens les illustrait alors comme une espèce ayant troqué sa main tendue contre un processus d’annihilation de la race humaine dans La Guerre de mondes (2005). Des colonnes de réfugiés, des lambeaux de vêtements flottant dans le ciel comme de la cendre et d’étranges racines pourpres gorgées de sang recouvrant la surface de la Terre; autant d’éléments macabres qui peuplaient l’imaginaire de ce film catastrophe aux allures de drame familial horrifique. A l’heure où l’administration Trump s’approprie le terme “alien pour définir les immigrés clandestins et justifier une politique migratoire agressive rythmée par les traques quotidiennes de brigades ICE, est-il encore adéquat pour le réalisateur de montrer ce qui nous semble étranger comme une menace ?


Ce n’est pas une surprise mais évidemment que non. Avec Disclosure Day, Spielberg renoue le dialogue avec ceux qui viennent d’ailleurs dans un monde au bord du précipice. Alors que les Etats-Unis activent le niveau d’urgence Defcon 2 et que les tensions à la frontière coréenne semblent franchir un point de non-retour, une présentatrice de météo (Emily Blunt) et un lanceur d’alerte (Josh O’Connor) s’unissent dans une quête de vérité pour révéler au monde l’existence d’extra-terrestre, que l’humanité soit prête ou non. 


Emily Blunt dans Disclosure Day.
Discolsure Day © Universal Pictures

Que celles et ceux qui craignaient la redite après Rencontres du troisième type et E.T. se rassurent. Dès les premières secondes, Disclosure Day surprend en nous mettant à la place d’un catcheur en plein combat, dont l’issue a été déjà été décidée préalablement à sa mise en scène. Une ouverture un peu moins élégante et spectaculaire que ce à quoi nous avait habitué Spielberg mais qui introduit d’emblée sa volonté de se concentrer sur les notions centrales du film: celles du regard et de la vérité. Qui contrôle le récit, et à quelles fins ? D’un côté, les institutions - gouvernements, militaires, agences (ici sous le nom de Wardex) - cherchent à étouffer les révélations, à contrôler l’image et à décider de ce que le monde est en droit de savoir ou non. De l’autre, deux individus d’apparence ordinaire qui font le pari inverse: la vérité, aussi violente et perturbante puisse-t-elle être pour la façon dont nous concevons notre place dans l’univers, vaut mieux que l’ignorance.


Josh O'Connor dans Disclosure Day.
Discolsure Day © Universal Pictures

Inscrit dans une ère de la banalisation du mensonge, des lanceurs d’alertes et de la dissimulation, Disclosure Day convoque l’ombre d’un Snowden, les scandales du Watergate et des Pentagon Papers sous la forme d’une fuite en avant effrénée qui marie autant la peur de l’Amérique contemporaine de son réalisateur que sa foi en la transmission et l’empathie. En prenant à rebours le cahier des charges du blockbuster estival, Steven Spielberg livre un thriller paranoïaque et surnaturel aussi émouvant sur la nécessité de croire que l’autre, quel qu’il soit, mérite qu’on apprenne à le voir, que fascinant dans l’auto-analyse de sa mise en scène, qu’il avait entamé dans The Fabelmans.





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