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Paris is Burning : Un acte cinématographique essentiel

Ce documentaire magistral signé par Jennie Livingston met la culture drag du New York des années 80 sous le feu des projecteurs.


Paris is burning.
Paris is Burning © Off-White Productions

Le documentaire est un art plus divers qu’on ne le pense de prime abord. S’il veut rendre compte de la réalité et utilise pour ce faire des images-documents, il peut le faire dans le silence ou les commentant, en faisant témoigner ses sujets ou en les filmant de loin, avec un montage quasi-fictionnel ou purement fonctionnel. Paris is Burning est le genre de documentaire qui utilise toute la panoplie des outils cinématographiques pour rendre grâce à l’élan vital du monde qu’il met en lumière.


Et quel monde ! Celui des bals organisés par la communauté LGBT de New York. Des lieux de socialisation et de compétition où des hommes et des femmes dansent et se déguisent, souvent en brouillant les silhouettes du genre. On découvre la source de la culture drag, alors marginale mais foisonnante. Les participant·es ont leur propre vocabulaire, leurs traditions et leurs rituels ; iels se regroupent en « maisons », qui sont comme de grandes familles qui structurent une compétition parfois vraiment féroce.


Paris is burning.
Paris is Burning © Off-White Productions

Paris is Burning touche son public en enveloppant les personnes qu’il suit dans une gaze de tendresse. Alternant interviews et scènes de bal, il montre comment ces gens, jeunes ou vieux, se réalisent dans une pratique qui leur appartient. Le montage du film met magistralement en valeur ce parallèle entre les vies individuelles et la pratique collective et communautaire. Rythmé, il nous plonge dans la fièvre des nuits de vogue – cette danse mimant les poses des mannequins du magazine éponyme – et des dizaines de catégories qui s’enchaînent pendant des heures.


Tourné pendant plus de cinq ans au cœur des années 1980, le documentaire montre aussi une pratique en constante évolution, qui s’ouvre de plus en plus. Il se fait l’écho d’une nostalgie, déjà, chez les plus ancien·nes, qui ne retrouvent plus l’esprit des débuts. Mais aussi le l’opportunité qui constitue, pour certain·es, cet intérêt mainstream et la popularisation des codes drags à travers le clip musical et la télévision. Jennie Livingston, même si son intention de rendre justice à la culture des bals est évidente, ne cherche pas à dissimuler ses zones d’ombre, notamment les tensions générées par la compétition ou le désir de paraître qui peut tout envahir.


Paris is burning.
Paris is Burning © Off-White Productions

Le long-métrage est devenu culte, à l’intérieur de la communauté LGBT et à l’extérieur. Il est fascinant de le découvrir aujourd’hui, à une époque où des compétitions drags sont beaucoup plus accessibles sur le petit écran. Mais, à une époque aussi, où les personnes trans, homosexuel·les ou queer font partie des boucs émissaires des mouvements politiques ultra-conservateurs et néo-fascistes. La violence dont iels faisaient l’objet à la fin du Xe siècle a-t-elle vraiment diminué ? Face aux États-Unis d’aujourd’hui, la question mérite d’être posée.


Avec Dorian Corey, Pepper LaBeija, Venus Xtravaganza, Octavia St. Laurent. États-Unis, 78 minutes.


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