Rietland : Un film qui s’égare dans la beauté de ses champs
- Léopold Vézard
- il y a 1 jour
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Pour son premier long-métrage, le réalisateur néérlandais Sven Bresser nous plonge au milieu des champs de roseaux, pour un film visuellement réussi mais qui ne parvient jamais à véritablement nous entraîner.
Les roseaux plient mais ne rompent pas, et c’est d’autant plus impressionnant que tout le film reposent sur leurs fragiles tiges. Car Rietland prend pour cadre les roselières néerlandaises où travaille Johan qui chaque jour, armé de sa faux, s’attelle à faucher les herbes blondes. Jusqu’au jour où le vieil homme y découvre le corps d’une jeune fille du village, violée, assassinée, et abandonnée au milieu de ses champs.
Le choix de Sven Bresser d’ancrer son récit dans les paysages du parc national Weerribben-Wieden n’a rien d’un hasard, puisqu’il a grandi au milieu de ces territoires qu’il a décidé de mettre à l’honneur. Avec succès puisque les étendues de roseaux donnent au réalisateur néérlandais l’occasion de façonner des plans assez remarquables qui constituent la véritable force du long-métrage. La photographie est maîtrisée, jouant très bien des tons à l’image pour créer une atmosphère cohérente, tout en permettant au jeune cinéaste de nous offrir quelques idées de mise en scène intéressantes, entre sur-cadrages et symbolismes assumés.

Mais si la forme est plus que réussie, c’est dans le fond que le bât blesse. Rietland ne veut pas être un énième film policier où le récit n’avance que pour nous permettre d’élucider le crime sordide - d’ailleurs, celui-ci est vite relégué au second plan - mettant davantage l’accent sur les suspicions qui s’immiscent. Il cherche à installer une paranoïa ambiante en dépeignant une communauté rurale qui se transforme en un vase clos hanté par le spectre d’une violence dormante.
La proposition est intéressante, mais le résultat loin d’être à la hauteur. Le long-métrage ne parvient jamais réellement à créer cette menace latente, faute de quoi le rythme lent tient plus d’une langueur inerte que d’une torpeur pesante. Là où le réalisateur fait durer un plan pour espérer créer de la tension, seul une lassitude naît.

Si le film échoue comme thriller pur et dur, il avait les armes pour se rattraper en dressant à travers ce récit le portrait de ces territoires en crise. Sont évoqués le déclin du monde agricole, l’industrialisation forcée, la concurrence dans une économie mondialisée, etc. Mais au-delà d’un discours de façade, Rietland ne s’attarde pas à montrer les conséquences concrètes de cela, transformant tout cela en un simple vernis qui sert juste à donner une couche de réel supplémentaire au récit.
Le long-métrage semble surtout passer à côté de ce qu’il aurait pu être en négligeant les idées intéressantes qu’il esquisse, si bien qu’il semble justifier son existence uniquement par la volonté de mettre en scène ces paysages très cinématographiques. Malheureusement, en s’attachant un peu trop à la la beauté plastique de ses plans, Sven Bresser semble oublier de les inscrire dans un récit prenant, abandonnant le spectateur au milieu d’un champ de roseaux qui - aussi cinématographique soit-il - ne suffit à faire de Rietland une oeuvre convaincante.



