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Salomé Dewaels : Une "demoiselle" belge en pleine ascension

De La pote d’un pote aux Illusions perdues en passant par Nino et Irrésistible, Salomé Dewaels est l’une des actrices belges incontournables de ces dernières années. César du meilleur espoir féminin en 2022 et meilleure actrice dans un second rôle aux René 2026, la Bruxelloise tient le rôle principal de L’Île de la demoiselle, dans les salles dès le 27 mai. Sur les planches depuis 8 ans, à l’écran depuis 2012, portrait d’une jeune belge en feu.



Quel est votre tout premier souvenir de cinéma ?


Un souvenir d’enfance: vers mes dix ou onze ans, j’ai pu inviter mes copains au cinéma pour mon anniversaire. Nous étions cinq-six devant un film, le pop-corn à la bouche, et c’est un souvenir qui m’a beaucoup marqué. Aller voir un film dans une salle qui paraissait gigantesque, entre amis, c’est toujours un vrai plaisir que je ressens en tant qu’adulte d’ailleurs. Un moment où on peut se retrouver autour d’une histoire, et se sentir comme dévorés par le grand écran


Vous aviez déjà l’ambition de travailler dans le milieu du cinéma à l’époque ?


Pas du tout. Le théâtre, j’avais commencé jeune, sans pour autant réaliser que cela pourrait être mon métier. À l’adolescence, j’ai tourné dans des films étudiants, mais cela restait pour moi autre chose qu’un job. De fil en aiguille, casting après casting, j’ai compris que je pouvais me professionnaliser. Mais c’est vraiment venu petit à petit, et ce n’est que vers 16 ans que j’ai compris qu’actrice était en fait un métier qui pouvait me correspondre. 


Salomé Dewaels et Benjamin Voisin dans Illusions perdues.
Illusions perdues © Cinéart

Depuis, vous êtes devenue actrice professionnelle et reconnue au-delà de la Belgique. Comment avez-vous ressenti cette évolution ?


Comme la précédente, c’est-à-dire pas à pas. J’ai mis un orteil dans le cinéma, puis un pied, une jambe, et ainsi de suite. Aujourd’hui, je consacre mon corps tout entier à ce métier, mais cela a été progressif. C’est assez fou de me dire qu’aujourd’hui, à l’approche de mes trente ans, j’ai déjà consacré la moitié de ma vie à ce métier. 


Comment choisissez-vous vos projets aujourd’hui ?


Avec plus de retenue, mais c’est assez récent. Au début, j’ai fait de nombreux petits rôles, et cela m’a beaucoup aidé à rencontrer des gens, une part essentielle de ce métier. Aujourd’hui, je choisis les projets où je souhaite m’engager en fonction de leur histoire, mais aussi de leur fabrication. Quel est le point de vue, comment l’équipe s’est-elle construite… Quand le film sort sur les écrans, il faut que je sois en accord avec lui.


Salomé Dewaels dans L'île de la demoiselle.
L'Île de la demoiselle © Brightfish

Votre film du moment est une coproduction franco-belge, L’île de la demoiselle. Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ?


De manière plutôt classique, c'est-à-dire via mon agent. Ce qui est drôle, c’est que Micha [Wald, réalisateur de L’île de la demoiselle, NDLR] est lui aussi belge, mais nous nous sommes vu pour la première fois à Paris lors du casting. J’ai un très beau souvenir de cette séance et de cette rencontre, et j’ai appris par la suite que c’est la productrice Eva [Kuperman] qui avait parlé de moi à Micha, en me recommandant pour ce rôle. Cela fait le lien avec ce que j’évoquais plus tôt en ce qui concerne mon métier: il ne s’agit pas uniquement de passer des castings, c’est tout ce côté relationnel qu’il y a autour qui est important. 


Vous évoquiez aussi l’importance de comprendre le pan plus “business” de votre métier. 


Tout à fait. En ce qui me concerne, j’ai construit ma carrière petit à petit en montrant que je suis une personne fiable, professionnelle, et force de proposition. Et ces aspects sont très importants dans mon travail, car ils me permettent d’entretenir de bonnes relations avec le/la directeur·ice de casting avec qui je collabore. Quand je parle de réseau, c’est de cela qu’il s’agit, plutôt que de montrer ma tête lors d’événements ou être copain/copine avec un maximum de cinéastes. 


Salomé Dewaels dans L'île de la demoiselle.
L'Île de la demoiselle © Brightfish

Comment s’est passée la “rencontre” avec le personnage de Marguerite de la Rocque ?


Au-delà du casting, c’est véritablement lorsque j’ai eu le rôle que j’ai pu découvrir toute la profondeur de cette femme et de son histoire, qui m’a complètement chamboulée. Presque tout est véridique, même s’il y a bien sûr eu un peu de scénarisation. Mais il n’empêche que Marguerite a vraiment survécu sur cette île. Découvrir son histoire, puis pouvoir l’incarner et de cette manière redonner une voix à ce personnage, c’était très fort. Au-delà de cette émotion, pouvoir abandonner la représentation historique et m’emparer du rôle a aussi été très fort. Micha avait la connaissance sur l’époque de par ses recherches, mais j’ai aussi apporté – au fur et à mesure que j’apprivoisais Marguerite – mon jeu et mon avis à cette construction. Et à un moment, Micha m’a dit : “la Marguerite du film, tu la connais mieux que moi, donc prends tes libertés”, et c’est cela qui m’a plu dans cette expérience. 


La collaboration avec l’équipe s’est donc bien passée ? 


Excellente. Au-delà de la bonne entente avec Micha, c’est également avec Tzigane de Braconier (cheffe costumière), la cheffe maquilleuse ou encore la cheffe coiffeuse que nous avons construit ce personnage et son histoire. Le tournage a lui aussi été une véritable aventure humaine. Pour des raisons de budget, c’est en Bretagne que nous avons tourné, et plus précisément sur l’île d'Ouessant dont les falaises et les paysages ressemblent fortement à ceux de l’île où Marguerite a vécu. Un décor splendide, naturel, où nous avons tourné en basse saison donc avec très peu de vacanciers sur place. C’était presque un huis clos, et cela a renforcé autant l’immersion dans le film que la cohésion de l’équipe. Au fur et à mesure, ces décors inhospitaliers, où même la marée nous imposait un planning, sont devenus un personnage à part entière du film. D’une certaine manière, cela nous ramenait également à la réalité: nous ne tournions “qu’un film”, ce n’est que peu de choses face à cette nature bien plus grande que nous. Au niveau de l’équipe, cela a aussi eu un impact fort. Certes, nous racontons une histoire extraordinaire, mais cela reste du cinéma. 


Salomé Dewaels dans L'île de la demoiselle.
L'Île de la demoiselle © Brightfish

Comment vous sentez-vous maintenant que ce film est fini, et qu’il rencontre son public ?


En ce qui me concerne, j’ai toujours un peu de mal à me voir à l’image. Au-delà du regard critique sur mon travail, c’est surtout l’expérience de vivre un tournage qui me marque, et l’intensité des émotions que l’on ressent lorsqu’on joue dont je me souviens. Mais je suis très heureuse que le film soit fini, et qu’il puisse être découvert en Belgique, car nous avions une équipe largement belge. Pouvoir partager tout ce qu’ils ont donné pour le film, c’est important pour moi. 


Il y a quelques années, vous disiez en interview rêver de tourner avec Wes Anderson. C’est toujours le cas aujourd’hui? Avez-vous d’autres cinéastes ou comédien·nes avec qui vous aimeriez collaborer ?


C’est une question qu’on me pose souvent, mais je crois que cela change en fonction de ma propre évolution. Anderson, c’était une de mes premières claques de cinéma, et c’est un peu le premier cinéaste dont j’ai eu besoin de voir tout ce qu’il avait réalisé jusqu’ici. Donc bien sûr, j’adorerais tourner avec lui, mais également avec des réalisatrices comme Charlotte Le Bon, dont j’ai beaucoup aimé Falcon Lake, ou Alexe Poukine dont j’adore également Kika et ses documentaires. Aujourd'hui et avec l’expérience, il est par ailleurs devenu important pour moi de tourner avec des gens qui partagent mes valeurs. Tourner un film, c’est un peu comme passer un repas avec des gens. Si une heure trente autour d’une table se révèle compliqué, imaginez un tournage. C’est pourquoi il est essentiel pour moi de maintenir une connexion avec les cinéastes avec qui je collabore. 


D’autres noms, belges ou internationaux ?


J’aime beaucoup le cinéma des frères Guit, même si c’est très loin de l’univers dans lequel j’évolue. C’est vrai que j’apprécie travailler avec des gens qui ont de l’humour, et ils m’ont l’air très libres dans leur travail et pourraient me pousser dans des registres où je n’ai pas l’habitude d’être


Salomé Dewaels et François Damiens dans Sous le vent des Marquises.
Sous le vent des Marquises © O'Brother

Vous disiez plus tôt qu’on vous pose souvent la question des tournages de rêve, mais y-a-t-il une question qu’on ne vous pose jamais en interview ?


[Rires] Je pense que ce que j’aimerais qu’on me demande, c’est “qu’est-ce qui te déplaît dans ton métier”. On me demande toujours ce que j’aime, et c’est logique, mais il y a aussi des aspects que j’apprécie moins dans ce travail. Même s’il s’ouvre petit à petit, le monde du cinéma reste un milieu très fermé où il est difficile de se faire une place lorsque l’on n’a pas les codes. Cela fait quinze ans que j’évolue dans celui-ci, et je commence seulement à les comprendre, et c’est parfois un peu gonflant. Malgré tout, de très nombreuses personnes se bougent et font des démarches extraordinaires pour faire bouger les choses, et j’essaie à ma petite échelle de faire de même, pour rendre le cinéma accessible à toutes et tous


Et aujourd’hui, c’est quoi pour vous le cinéma ?


C’est vaste, car il y a d’une part la spectatrice en moi, et l’actrice de l’autre. Mais je pense que c’est en tout cas quelque chose qui fait partie de ma vie, et qui reste – c’est peut-être naïf – un outil formidable pour notre société. Lorsqu’on va voir un film au cinéma, cela peut nous sortir de notre quotidien, nous divertir, mais cela peut aussi faire bouger les choses. C’est une manière de se réconforter, mais le cinéma peut aussi soulever les consciences. C’est quand même magique, de pouvoir faire ce métier. 



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