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Truly Naked : Une jeunesse sous X

Pour son premier long-métrage, la Belge Muriel d'Ansembourg nous plonge dans un family business inattendu, celui de la pornographie.



Ça débute par une éjaculation faciale filmée en gros plan. On découvre vite que, derrière la caméra, se cache un adolescent content de sa prise, s’enfilant après coup un verre de lait, l’air de rien ; et que l’acteur n’est autre que son père. La messe est dite.


Truly Naked suit Alec, jeune lycéen introverti élevé dans l’univers du petit business pornographique de son père, obligé d’y prendre part, faute d’argent à la maison. À travers le porno, Muriel d’Ansembourg aborde la construction identitaire et la recherche d’une vraie connexion. “Beaucoup de jeunes m’ont dit qu’ils avaient appris le sexe avec le porno. Ce qui m’intéressait était d’intensifier la réflexion en rendant la situation plus personnelle qu’un simple visionnage d’images. En filmant son père, Alec observe directement la figure qui structure son apprentissage du monde”, explique-t-elle lors de notre rencontre à la Berlinale, où le film était présenté en section parallèle.


Caolán O’Gorman et Andrew Howard dans Truly Naked.
Truly Naked © Paradiso Films

Ce climat incestuel ne dit jamais son nom et peut choquer tant il ne semble pas être questionné. “Ce n’est pas à moi de décider du terme, il faudrait demander à un thérapeute. Leur business, c’est le porno. Comme d’autres seraient boulangers. Mais ce n’est clairement pas très sain”, répond la réalisatrice. Le père et le fils ont un lien complexe, affectueux, loyal, mais chargé d’un secret lourd à porter, qui laisse peu de place pour des rencontres authentiques. La vie d’Alec est chamboulée lorsqu’il se lie avec Nina, une camarade de classe. Grâce à elle, il découvre une autre manière d’envisager le désir et l’intimité.


Ce premier long-métrage voit le jour après quinze ans de développement. Formée (à la London Film School) à un cinéma naturaliste centré sur la performance, Muriel d’Ansembourg souhaitait néanmoins éviter une esthétique trop brute. "Mon but, c'était de conjuguer approche réaliste et créativité artistique. Je voulais quelque chose de très naturel, mais avec une certaine beauté dans l’image.” La caméra portée renforce l’immersion, tandis que le travail sur la lumière et la composition donne aux scènes une dimension stylisée. Ce contraste visuel accompagne l’opposition entre les tournages pornographiques, filmés comme un travail mécanique, et les scènes plus intimes entre Alec et Nina, conçues comme un espace de découverte authentique.


Alessa Savage dans Truly Naked.
Truly Naked © Paradiso Films

L’écriture du film s’est appuyée sur un important travail de recherche pour comprendre les codes et les ficelles de l’industrie. La cinéaste a casté une véritable actrice porno, Alessa Savage, pour l’aiguiller et éviter toute caricature : “Il n’y a rien de sexy sur un tournage porno. Ça peut être ennuyeux, très pratique, très technique.” Dans le film, ces scènes sont montrées comme un travail répétitif, presque banal.


Le scénario souffre de quelques lacunes et paraît parfois un peu téléphoné - comme par hasard, Alec se retrouve à devoir faire, pour l’école, un exposé sur le porno. Truly Naked apporte toutefois une réelle innovation à un sujet maintes fois rebattu, porté par des dialogues cinglants. Surtout, la justesse des deux acteurs débutants vient rattraper les maladresses. Caolán O’Gorman, avec son charme ingénu à la Paul Mescal, laisse entrevoir un talent à suivre.



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