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Y a-t-il un film pour sauver la parodie ?

Il y a une règle d’or dans la parodie que l’œuvre de Mel Brooks, des ZAZ et des frères Wayans illustrent mieux que n’importe qui: on ne peut se moquer de ce que l’on ne comprend pas, et l’on ne peut parodier ce que l’on n’aime pas. À l’occasion de la sortie le 3 juin de Scary Movie 6, retour sur la naissance, l’apogée et l'oubli progressif d’un sous-genre autrefois omniprésent de la comédie américaine.


Le Ghostface dans The Substance dans Scary Movie 6.
Scary Movie 6 © Sony Pictures

De Chaplin aux Marx Brothers, le genre parodique a presque toujours été présent dans le cinéma américain. Mais c’est au début des années 70 que l’on y voit apparaître des figures qui influenceront ce sous-genre pendant plusieurs décennies. Parmi elles, Mel Brooks, réalisateur de comédie, signe en 1974 deux œuvres de référence. La première, Blazing Saddles (Le Shériff est en prison en français), fait du western un terrain de démolition politique : en plaçant un shérif noir au milieu d'une ville de pionniers blancs et racistes, Brooks retourne le genre contre ses propres mythologies, jusqu'à briser explicitement le quatrième mur dans un final où les personnages envahissent les plateaux adjacents de la Warner.


Peu après, il rend un hommage vibrant au Frankenstein de James Whale (1930) avec son Young Frankenstein confondant de fidélité, reprenant l'esthétique du film de monstre des années 30. Tourné en noir et blanc et avec ses accessoires originaux, Mel Brooks rend autant hommage à son aîné qu’il ne s’en moque, de lui et de ses suites. Son style, burlesque, déploie gags enchaînés, humour slapstick et ruptures de rythme dans ce qui peut être l'œuvre la plus homogène de son réalisateur.


Gene Wilder et Cleavon Little dans Le Shériff est en prison.
Le Shériff est en prison © Warner Bros.

Quelques années plus tard, le trio Zucker-Abrahams-Zucker applique la même exigence tout en poussant les potards du non-sens à l’extrême avec Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (1980). Leur coup de maître : engager des acteurs réputés principalement pour leurs performances dramatiques, Leslie Nielsen en tête, pour jouer l'absurde avec un sérieux absolu.


Avec une impressionnante précision comique, les ZAZ enchaînent à vitesse grand V gags visuels en arrière-plan, dialogues à double sens, running gags posés en sourdine qui explosent bien plus tard et un succulent caractère pince-sans-rire. Après l’énorme succès de film, le trio déclinera le même principe pour les genres de l’espionnage et du film policier avec Top Secret! (1984) et Y a-t-il un flic pour sauver la reine? (1988).


Julie Hagerty dans Y a-t-il un pilote dans l'avion ?.
Y a-t-il un pilote dans l’avion ? © Paramount Pictures

En 1996, Wes Craven bouleverse le genre horrifique avec une œuvre méta qui se moque d’elle-même. Dans Scream (1996), il met en scène des personnages qui connaissent les codes du slasher et s’en servent pour déjouer les plans du tueur qui les poursuit. Un an plus tard, son scénariste Kevin Williamson, surfera sur ce succès pour écrire Souviens-toi l’été dernier (1997), un retour au slasher classique bien plus premier degré et moins inspiré que son prédécesseur.


Pour les frères Wayans, c’est une aubaine. Après avoir parodié les “hood films” (Boyz N The Hood, Menace II Society) dans Spoof Movie (1996), ils se voient confier par les frères Weinstein la direction de Scary Movie en 1999 pour rire encore plus fort de cette nouvelle génération de films d’horreur. La comédie des Wayans reprend des morceaux d’intrigue des slashers cités plus haut en y injectant une dose copieuse d’humour trash, de référence à la pop culture et détricotage des codes tout en respectant la formule whodunnit de ses modèles. À l’ère de la génération MTV où cartonnent autant la série South Park que les cascades des Jackass et les teenage movies potaches à la American Pie, le résultat est fracassant: 278 millions de dollars pour 19 millions de budget.


Le Ghostface dans Scary Movie.
Scary Movie © Dimensions Films

Un an plus tard, les Wayans rempilent pour un second épisode s’attaquant aux clichés des films de maisons hantées qui se fera dans la douleur et la précipitation avant de se voir remerciés manu militari par les frères Weinstein dans un contexte de conflits créatifs et financiers. Finalement, ce sera l’un des Z de ZAZ - David Zucker - qui reprendra les manettes des deux volets suivants, plus édulcorés, avant qu’un cinquième épisode, oublié à juste titre, ne vienne apporter le coup de grâce à la saga en 2013.


Sans surprise, ce succès va engendrer tout un tas de variantes et ce sont Jason Friedberg et Aaron Seltzer, scénaristes d’une première version de Scary Movie - rejetée à l’époque -, qui vont s’en emparer avec un talent inversement proportionnel à leur cadence de productions. En moins de 10 ans, le terrible duo réalisera pas moins de sept films parodiques (Date Movie, Epic Movie, Meet the Spartans, Disaster Movie, Vampire Sucks et Superfast) dont le processus créatif semble se résumer à singer avec un opportunisme crasse les films les plus rentables du moment sans la distance critique et l’affection nécessaire pour les parodier correctement. Les dégâts sont durables: en saturant le marché de leurs contrefaçons, Friedberg et Seltzer ont conditionné toute une génération à associer le genre à la médiocrité.


Liam Neeson dans Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?.
Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? © Sony Pictures

Mais les désigner comme uniques coupables de la disparition de la parodie à l’américaine serait trop simple. Depuis plus de 10 ans, le cinéma américain a connu de nombreux bouleversements qui ont programmé la mort du genre. Hollywood a abandonné la comédie à budget moyen et les créations originales au profit des franchises. La cause: une dépendance grimpante au box-office international. Pourquoi user d’un humour culturellement référencé quand les dinosaures, les jedis, les superhéros et les jouets les plus célèbres traversent les frontières sans problème de traduction ? L’explosion des réseaux sociaux, des memes et la polarisation de la société américaine ont achevé le travail, rendant la parodie sur grand écran caduque.


Akiva Schaffer, réalisateur du rebook Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? avec Liam Neeson (2025), le formulait ainsi : le film parodique est mort bien avant les comédies en général. C'est sur ces décombres que les Wayans reviennent cette année aux commandes de leur saga culte avec un sixième Scary Movie. Un retour inespéré qui donnera l’occasion à la fratrie de prendre leur revanche. En espérant qu’ils n’aient pas oublié que qui aime bien, châtie bien.


Le Ghostface en plein live Twitch dans Scary Movie 6.
Scary Movie 6 © Sony Pictures

3 films parodiques à découvrir absolument :


Top Secret (1984)

Après le succès de Y a-t-il un pilote dans l’avion, les ZAZ se payent les films d’espionnage dans cette parodie d’une inventivité folle où Nick Rivers, une star américaine du rock’n’roll, venue se produire dans un festival Allemagne de l’Est en pleine guerre froide, se retrouve à collaborer avec la résistance pour sauver un scientifique. 


Last Action Hero (1993)

Si le film de John McTiernan, boudé par le public et la critique de l’époque, tient plus du pastiche, difficile de ne pas voir dans cette ambitieuse déconstruction des codes du film d’action 80’s une parodie hilarante de la carrière antérieure de son acteur principal Arnold Schwarzenneger. Un véritable film doudou pour toute personne biberonnée au genre dès l’enfance.


Scary Movie (2000)

Faire une parodie d’une quasi-parodie ? Un défi casse-gueule que les frères Wayans remportent haut la main avec le meilleur épisode de cette saga culte où cohabitent références pop, détournement de succès de l’époque  (Matrix, Usual Suspects, Le Projet Blair Witch, etc.) et des gags aussi scato et insolents qu’un adolescent en crise.

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