Backrooms : Le labyrinthe de Kane Parsons
- Léopold Vézard
- il y a 2 heures
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Après s'être imposé partout sur internet avec sa web-série éponyme, Kane Parsons s’attaque aux salles obscures avec son premier long-métrage Backrooms, prolongeant la vague horrifique qui balaie les box-offices mondiaux.
En 2011, une image perturbante fait son apparition sur internet : une pièce entièrement vide aux murs tapissés d’un papier peint aussi jaunâtre que sa moquette humide. Seul le grésillement des néons rompt le silence, éclairant froidement l’espace. Un unique cliché qui donna naissance à un univers sans fond, façonné par des milliers d'internautes, ajoutant tour à tour une nouvelle strate à une œuvre communautaire inédite. Puisant dans cette imaginaire en perpétuelle évolution, un internaute publie en 2022 une vidéo nous entraînant à la découverte de ce labyrinthe à l’esthétique suranné à travers une séquence entièrement en found footage. Le succès est fulgurant, accumulant des millions de vues, à tel point que d’autres vidéos finissent par suivre, nous plongeant toujours plus profondément dans ces espaces inhospitaliers. Toutes sont réalisées en image de synthèse par un adolescent de seize ans, Kane Parsons.
Quatre ans plus tard, il retrouve le monochrome jaune mais dans une autre dimension, transposant pour la première fois cet univers au cinéma avec une histoire originale produite par A24 : celle de Clark (Chiwetel Eijofor), un vendeur de meubles qui va découvrir dans son magasin une entrée vers les backrooms, entraînant ceux qui l’entourent dans sa plongée.

Les backrooms nous enveloppent comme un souvenir perdu, à la fois familier et hors d’atteinte. Au milieu de cette étendue sans fin de couloirs jaunis, nous ne pouvons nous empêcher de chercher quelque chose à quoi nous raccrocher. Mais face à l’irrationalité de ces non-lieux, tous nos repères s’effritent et, à mesure que nous nous enfonçons de plus en plus loin, une inquiétude naît tandis que l’atmosphère devient de plus en plus oppressante. Les décors parviennent avec justesse à donner vie à ces espaces, tout en les dépouillant de tout ce qui pourrait les rendre humain. Le film se permet même de briser les frontières entre les espaces : l’esthétique liminale infiltre chaque plan, chaque recoin, renforçant un malaise auquel nul n’échappe.
Pour instiller ce sentiment de paranoïa, le jeune réalisateur prend son temps, ralentit le rythme pour laisser les personnages - comme les spectateur·ices - errer de couloirs en couloirs. Nous aurions pu nous attendre à ce qu’il réutilise la recette qui avait fait le grain de sa web-série, en reprenant le point de vue à la première personne du found footage. Mais plutôt que de céder au choix de la facilité, il délie la caméra de la main de son personnage pour explorer des cadres audacieux, jouant de l’espace, l’étire ou le contracte, pour faire naître vertige ou claustrophobie, parfois les deux à la fois. Quant au found footage, il garde une place de choix à travers quelques séquences particulièrement réussies, qui ne rendent ce choix stylistique que plus impactant.

Là où nous aurions pu craindre que Backrooms ne soit qu’un épisode étendu de la web-série originale, bourrée de références pour cocher des cases, le long métrage réussit à dépasser ce qui limite souvent ce genre de transposition cinématographique. Il s’émancipe suffisamment du matériel initial pour proposer un film véritablement original, aussi bien accessible aux néophytes qu’à des initié·es, qui y retrouveront quelques clins d’œil, entre images familières et morceaux de lost wave.

