Cannes : Nos 5 plus grandes attentes
- Katia Peignois
- 15 avr.
- 4 min de lecture
Du 12 au 23 mai, la grand-messe cannoise fera rayonner la Croisette de mille feux cinéphiles. Cette 79e édition du Festival de Cannes est, comme le veut la tradition, d’ores et déjà source de spéculations et de fantasmes. En toute subjectivité, nous nous livrons au jeu des attentes avec cinq longs-métrages en Sélection officielle qui attisent notre curiosité.
Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun (États-Unis) — Film d’ouverture d’Un Certain Regard

Nouvelle égérie non-binaire du cinéma queer et d’horreur américain depuis le succès d’estime de I Saw the TV Glow en 2024, Jane Schoenbrun ouvrira la section Un Certain Regard avec l’intriguant Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Ce dernier vient clore sa Screen Trilogy (en référence directe à la Teen Apocalypse Trilogy de notre cher Gregg Araki) entamée en 2021 avec We’re All Going to the World’s Fair. Au cœur de l’univers biberonné à Buffy the Vampire Slayer et Twin Peaks de Schoenbrun, l’écran, en tant que surface de projections/réflexions et de transition, fond la réalité et la fiction, ainsi que les genres, les uns dans les autres au gré d’une métamorphose identitaire. Dans Teenage Sex and Death at Camp Miasma, une jeune réalisatrice (Hannah Einbinder, la révélation de la formidable série Hacks), chargée de mettre en scène le nouveau volet d’une franchise de slashers, va se perdre dans les méandres du tournage et de son obsession pour l’actrice (Gillian Anderson) qui incarnait la « final girl » du film original. À l’image, on retrouve Eric Yue, le talentueux chef-opérateur de I Saw the TV Glow, tandis qu’au casting, Eva Victor (Sorry, Baby), Patrick Fischler (acteur lynchien vu dans Mulholland Drive et Twin Peaks : The Return) et Jasmin Savoy Brown (en clin-d’œil aux reboots-requels-sequels de Scream ?) complètent le tableau de ce récit psychosexuel bi/lesbien.
Hope de Na Hong-jin (Corée du Sud) — En Compétition

Dix ans après l’immense The Strangers, Na Hong-jin est de retour avec Hope, un projet né d’une longue gestation. Dans un village portuaire situé dans la zone démilitarisée entre les deux Corées, les habitants assistent à des phénomènes étranges. Un policier tente d’élucider ces événements inquiétants. En préservant son mystère, Hope sonne pourtant comme la promesse d’un mélange des genres (thriller, science-fiction, action) sans doute salutaire en Compétition. Na Hong-jin y fait sa première incursion avec un casting international rassemblant Hwang Jung-min, Jung Ho-yeon (révélée par la série Squid Game), Michael Fassbender, Alicia Vikander et Taylor Russell. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le directeur de la photographie Hong Kyung-pyo, collaborateur de Bong Joon-ho sur Snowpiercer et Parasite, a repris du service avec Na Hong-jin. Et, puisque personne n’est sorti indemne de The Chaser, The Murderer et The Strangers, on n’en attend pas moins de Hope.
Histoires de la nuit de Léa Mysius (France) — En Compétition

Après un passage remarqué en 2022 à la Quinzaine des Cinéastes avec le beau drame fantastique Les Cinq Diables, Léa Mysius rejoint la délégation française en Compétition — une sélection toujours aussi rare pour les réalisatrices qui ne sont que cinq à concourir pour la Palme d’or cette année — avec Histoires de la nuit, l’adaptation du roman de Laurent Mauvignier. Nora (Hafsia Herzi, indispensable devant et derrière la caméra), Thomas (Bastien Bouillon) et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine Cristina (Monica Bellucci), une peintre italienne. Alors que tout le monde s’active pour organiser une fête d’anniversaire, des hommes rôdent autour du hameau, faisant surgir des secrets du passé. Avec son scénario signé par Léa Mysius, Histoires de la nuit laisse espérer un polar psychologique rural sublimé par la photographie de Paul Guilhaume, le collaborateur régulier de la réalisatrice.
Sheep in the Box de Hirokazu-Kore (Japon) — En Compétition

Parmi les habitués de la Compétition dont on ne se lasse pas, Hirokazu Kore-eda tient une place de choix tant il nous touche en plein cœur à chaque fois. Avec Sheep in the Box (en référence à la réplique du Petit Prince de Saint-Exupéry), le cinéaste japonais continue son exploration de la cellule familiale à travers la rencontre entre l’humain et l’humanoïde. Le récit se situe dans un futur proche et suit un couple qui accepte d’adopter un robot identique à leur défunt fils. Avec cette incursion de l’IA dans l’intime, l’on imagine aisément que Kore-eda et son cinéma humaniste sauront nous chambouler et résonner avec l’époque actuelle. En outre, le Japon, mis à l’honneur au Marché du Film 2026, sera également célébré en Sélection officielle. Quelques jours à Nagi de Koji Fukada et Soudain de Ryusuke Hamaguchi figurent en Compétition aux côtés de Kore-eda, tandis que De toutes les nuits, les amants de Yukiko Sode et Le Château d’Arioka de Kiyoshi Kurosawa seront projetés respectivement au Certain Regard et à Cannes Première. On ne peut que s’en réjouir !
L’Inconnue d’Arthur Harari (France) — En Compétition

Le dernier choix est souvent le plus compliqué, on a donc opté pour L’Inconnue d’Arthur Harari, une œuvre « ça passe ou ça casse » annoncée comme un pari esthétique risqué qui, selon Thierry Frémaux, a tout pour diviser. Encore auréolé du triomphe mondial d’Anatomie d’une chute de Justine Triet qu’il a co-écrit et du succès d’estime de son Onoda, 10 000 nuits dans la jungle présenté au Certain Regard en 2021, Arthur Harari adapte librement la bande-dessinée Le Cas David Zimmerman qu’il a co-écrite avec son frère Lucas. Dans ce thriller mental et kafkaïen, un photographe (Niels Schneider, de retour chez Harari après Diamant Noir) se réveille un matin enfermé dans le corps de l’inconnue (Léa Seydoux, aussi en Compétition avec Gentle Monster de Marie Kreutzer) avec laquelle il a passé la nuit. Envolées métaphysiques, interrogations identitaires et de genre(s), sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour qu’Arthur Harari offre à cette 79e édition une proposition audacieuse potentiellement capable de sortir des sentiers battus. La perspective de retrouver Laurent Sénéchal (Anatomie d’une chute) au montage nous rassure déjà.
Katia Peignois crédite et remercie Thomas Gastaldi et le site Wask (https://wask.fr/tag/100-films-pour-cannes/) qui sont une mine d’or pour approcher les films cannois avant le Festival.



