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David Robert Mitchell, le cinéaste derrière le blockbuster le plus singulier de l'été

The End of Oak Street.
The End of Oak Street © Warner Bros

Depuis le succès historique et monstrueux des Dents de la mer en 1975, l’été s’est imposé comme le territoire privilégié des grosses productions hollywoodiennes. À ce titre, la cuvée 2026 s’annonce profuse : il y a bien évidemment L’Odyssée, le mastodonte de Christopher Nolan, mais aussi Toy Story 5, Supergirl, Des Minions et des Monstres, Spider-man : Brand new day, ou encore le remake live de Vaiana. 


Et au milieu de tous ces colosses, il y a The End of Oak Street. Un film à budget élevé (80 millions), porté par des stars - Anne Hathaway et Ewan McGregor - qui n’est ni une adaptation, ni une suite, ni relié à une quelconque franchise ou marque établie. Un film dont le réalisateur David Robert Mitchell signe aussi le scénario, chose de plus en plus rare à cette échelle de production. Un film qui semble lorgner vers le merveilleux et l’effroi du cinéma grand public des années 80, avec son pitch où une banlieue ordinaire se retrouve inexplicablement téléportée à l’ère mésozoïque, au milieu de dinosaures carnassiers. Mais d’où sort ce curieux projet ? Et surtout, qui est David Robert Mitchell ?


The Myth of the American Sleepover.
The Myth of the American Sleepover © IFC Films

Itinéraire d’un cinéaste pas comme les autres


C’est avec The Myth of the American Sleepover, présenté à la Semaine de la Critique, que Mitchell se fait remarquer en 2010 : un premier long-métrage modeste, le cinéaste met en place toutes les thématiques qui lui sont chères. Le film suit la dernière nuit de l’été de quatre adolescents, à Detroit, alors que l’âge adulte approche à grands pas. Le titre est évidemment un leurre, et établit déjà le rapport contrasté de Mitchell aux fantasmes : au “mythe de la soirée pyjama à l’américaine”, le cinéaste substitue ainsi un portrait désillusionné et mélancolique de la fin de l’adolescence, décrit ici comme le deuil de l’enfance. D’une belle authenticité, ce premier long-métrage n'a pas connu de sortie salles en France ni en Belgique, mais pave la voie au triomphe à venir : It Follows.


It Follows.
It Follows © RADiUS-TWC

D’apparence, ce film d’épouvante où une malédiction se propage via rapports sexuels n’a que peu en commun avec la bluette adolescente qu’était The Myth. Dès son ouverture, devenue culte, It Follows fait étalage d’une sophistication formelle très supérieure au premier opus de Mitchell : dans un adroit plan-séquence aux mouvements circulaires, une jeune femme en panique quitte son foyer, talonnée par un invisible poursuivant. Imprégné par le cinéma de John Carpenter et plus généralement par les années 80 - comme en témoigne la merveilleuse bande-originale au synthé composé par Disasterpeace - It Follows n’a pourtant rien d’une œuvre nostalgique. Le film décrit ainsi une jeunesse rongée par des angoisses très contemporaines, et la localisation de l’intrigue encore une fois dans la ville de Detroit, symbole parfait du déclin socio-économique des États-Unis, n’est évidemment pas hasardeuse.


Quant à la créature polymorphe et presque abstraite qui traque les héros, elle instille un malaise social de plus en plus profond au fil de ses apparitions. En prenant le visage tantôt d’un proche, tantôt d’anonymes outrancièrement marginaux, le monstre symbolise les multiples facettes des peurs adolescentes, au sommet de laquelle trône l’angoisse du rapport sexuel. Avec son atmosphère légèrement décalée, sa curieuse absence de figures d’autorité, et sa paranoïa omniprésente, It Follows s’impose comme un coup de maître des années 2010, cauchemar à la fois terrifiant et curieusement mélancolique. Un des premiers jalons de ce que l’on appellera plus tard de manière un peu pompeuse l’elevated horror, avec des films comme Get out ou Hérédité.


Under the Silver Lake.
Under the Silver Lake © A24

Un succès de court


Fort de ce coup de maître, Mitchell poursuit sa lancée avec Under the Silver Lake, sélectionné cette fois-ci en Compétition officielle au Festival de Cannes en 2018. Un hommage au film noir et au cinéma de David Lynch, où un jeune désaxé (Andrew Garfield) enquête sur la disparition mystérieuse de sa voisine à Los Angeles, et plonge dans un dédale de rencontres et de conspirations à la lisière du surréalisme. Une œuvre pop et psychédélique qui transforme L.A. en un territoire fantasmatique et ultra-référencé, où chaque coin de rue embusque un secret, chaque publicité un code à déchiffrer. La conclusion du long-métrage, volontairement déceptive par rapport à l’intrigue alambiquée qui la précède, rejoue un motif-clé de l'œuvre de Mitchell : le désenchantement. Malgré toute la richesse thématique du film et son accueil enthousiaste à Cannes, Under the Silver Lake a été hélas un violent échec commercial à sa sortie, au point de condamner David Robert Mitchell à une longue traversée du désert…qui se termine cet été, avec The End of Oak Street.


The End of Oak Street.
The End of Oak Street © Warner Bros

Qu’a fait le cinéaste pendant huit ans ? Difficile de le savoir avec précision, mais une chose est sûre : la disparition soudaine du réalisateur témoigne bien de l’âpreté de la machine hollywoodienne, où un talent prometteur peut s’évanouir du jour au lendemain après un échec. Le cinéaste avait-il vu trop grand dès son troisième film ? Peut-être.


Toujours est-il que David Robert Mitchell semble faire son retour par la grande porte avec The End of Oak Street. Produit par Bad Robot, la société de production de J.J. Abrams, lui-même un grand héritier de Spielberg, le film promet ainsi un divertissement teinté de suspense, de merveilleux et de mystère, dans la pure tradition du réalisateur de E.T. On espère surtout que le spleen si caractéristique du cinéaste trouvera son chemin, même dans l’armature en acier trempé d’une machine hollywoodienne. Verdict le 12 août.


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