Evil Dead Burn : Le plus brutal de la saga ?
- Julien Del Percio
- il y a 18 heures
- 3 min de lecture
Evil Dead est de retour, pour vous jouer un mauvais tour. Réalisé par le talentueux Sébastien Vanicek et co-scénarisé par Florent Bernard, que vaut le sixième opus de la franchise la plus génialement démoniaque d’Hollywood ?
Il faut se rendre à l’évidence : la saga Evil Dead telle que l’a conçue Sam Raimi dans les années 80, avec son inventivité cartoonesque et ses performances outrancières, n’existe plus. Depuis le remake sorti en 2013, la franchise a pris un tournant plus premier degré, plus sombre, et la bouffonnerie fauchée d’autrefois a cédé la place à une série B au budget confortable. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il faut balayer ces nouvelles itérations d’un revers de la main. Inventif, poisseux, jusqu’au boutiste, l’Evil Dead de 2013 et sa suite Evil Dead Rise ont tous les deux tiré leur épingle du jeu, propulsant au passage les carrières de deux cinéastes prometteurs : Fede Alvarez, qui a depuis confirmé l’essai avec Don’t Breathe et Alien Romulus, et Lee Cronin, à qui l’on doit le moyen mais notablement crasseux Réveil de la Momie.
Fort de ces deux expériences positives, tant d’un point de vue commercial que critique, Sam Raimi poursuit sur sa lancée et confie ce troisième opus contemporain à Sébastien Vanicek, réalisateur français remarqué en 2024 grâce à l’effrayant Vermines. Pour son premier essai hollywoodien, le jeune réalisateur a eu presque carte blanche, apposant sa frenchie touch - l’actrice francophone Souheila Yacoub, le scénariste Florent Bernard - tout en emmenant Evil Dead vers des rivages thématiques plus travaillés qu’à l’accoutumée.

Evil Dead Burn suit ainsi Alice, contrainte d’assister aux funérailles de son mari, qu’elle détestait, en compagnie d’une belle-famille conservatrice et franchement hostile. Le dîner, qui prend place dans une vieille bâtisse décatie et poussiéreuse, prend une tournure cauchemardesque lorsque le père montre des symptômes évidents de… possession démoniaque. Alors que les invités se métamorphosent un à un en Deadites - les créatures historiques de la franchise - Alice devra se confronter seule face à un système familial rendu littéralement toxique.
La métaphore est limpide, mais elle a le mérite d’exister. Surtout, elle succède à la vision conservatrice proposée par Evil Dead Rise, où une héroïne a priori forte et indépendante voyait son instinct maternel se développer au contact de sa nièce, jusqu’à accepter cette grossesse non-désirée qu’elle souhaitait interrompre au départ. Rien de tout ça dans Burn : le récit met un point d’honneur à décrire une structure familiale unilatéralement viciée, qui tolère, préserve et entretient la violence masculine en son sein. Un canevas délétère duquel Alice va férocement s'extraire, à grands coups de scie circulaire et autres objets tranchants. Pour notre plus grand plaisir.

Car Evil Dead Burn s’impose surtout comme un opus à la générosité inépuisable, qui exploite à merveille les potentialités de son décor défraîchi. De l’habitacle d’une automobile au revêtement escarpé de la toiture, en passant par le plancher friable du grenier et à l’étroitesse claustrophobique d’une cheminée : chaque lieu devient l’arène d’un affrontement ultra-brutal, où n’importe quel objet - siège auto, lave-vaisselle, bougie - adopte soudainement une fonction léthale. Le tout étant transcendé par une caméra volatile et très libre, qui parvient à rendre dévastateur chaque coup via un montage très cut, sans pour autant perdre le public dans l’espace.
Bien sûr, la formule n’est pas sans défaut. On comprend parfois assez mal les limites des pouvoirs des Deadites, qui semblent parfois vulnérables à un uppercut, alors qu’ils se tiraient joyeusement trois balles dans la tête lors de la scène précédente. On regrettera également une créature finale qui souffre d’un traitement numérique assez disgracieux, là où l’agrégat de cadavres qui clôturait Rise offrait son lot de frissons. Il n’empêche : il émane de Burn un mélange de rage et de maestria dans l’abominable qui n’est franchement pas banal, et devrait le hisser sans difficulté parmi les meilleurs épisodes.
