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Butterfly Jam : Les poncifs de la masculinité

Barry Keoghan et Riley Keough dans Butterfly Jam.
Butterfly Jam © Goodfellas

Contraint de quitter la Russie après ses prises de position contre la guerre en Ukraine, le cinéaste Kantemir Balagov déplace avec Butterfly Jam son cinéma vers le New Jersey et sa communauté tcherkesse, dont il est lui-même issu. Dans une image suintante, on suit le quotidien d’un adolescent se consacrant à la lutte à haut niveau (Talha Akdogan), de son père immature (Barry Keoghan) et d’un entourage familial miné par les frustrations et les non-dits. Sur le papier, le film promet une chronique intime sur la transmission et la masculinité. À l’écran, il ressemble à une succession d'effets sans aucune portée.


Harry Melling dans Butterfly Jam.
Butterfly Jam © Goodfellas

Lumières criardes, silences pesants, violence masculine omniprésente, étrangeté poétique disséminée par petites touches… Le film accumule les marqueurs d’un certain cinéma d’auteur et le résultat sonne creux. Il évoque Bird, d’Andraa Arnold (qui portait déjà à l’écran Barry Keoghan) sans jamais installer une véritable singularité. Ce n’est pas faute d’essayer, avec de la barbe à papa flottant dans un appartement, un pélican surgissant au milieu du récit ou de la confiture fabriquée avec des papillons.


Barry Kehogan dans Butterfly Jam.
Butterfly Jam © Goodfellas

La violence est filmée avec une lourdeur démonstrative. Une scène brutale tente d’explorer les rapports de domination entre hommes, mais semble surtout fascinée par sa propre noirceur. Le film prétend interroger la vulnérabilité masculine sans jamais dépasser les clichés de l’homme détruit, incapable d’exprimer ses émotions autrement que par la destruction. À la sortie, on se sent moins bouleversée que simplement fatiguée des hommes - si on ne l’était pas déjà assez.


Avec Barry Keoghan, Riley Keough, Harry Melling, Monica Bellucci. France/Allemagne/Belgique, 102 minutes.

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